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"Je veux laisser le contrôle": les sextoys connectés, une tendance, plus si nouvelle, qui commence à prendre

BFM Business Sylvain Trinel
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Si les sextoys n'ont rien de nouveau, la tendance est, comme le reste du quotidien, au tout connecté avec l'avènement de sextoys qui peuvent être manipulés à distance... Avec les risques que cela comporte.

16% de Français et Françaises utilisent régulièrement des sextoys pilotables à distance, selon une étude de la boutique de jouets intimes Adam et Eve. A la clef, des objets connectés qui permettent de "personnaliser les sensations". Une promesse que Mathilde* a pris à coeur en s'offrant un oeuf vibrant, le Lush 3 de Lovesense.

Son objectif? Envoyer un lien à un inconnu rencontré sur une application de rencontre pour qu'il puisse manipuler l'objet à distance, sans jamais avoir à croiser son regard: "Ce qui me plaît, c'est l'idée de pouvoir l'utiliser n'importe où, même à l'extérieur, ce qui rend l'expérience plus excitante," explique-t-elle.

Une télécommande à distance: le nouveau jouet que le marché s'arrache

Une version "en solo" permet de jouer avec plusieurs modèles de vibrations crées par la communauté, mais on peut également envoyer le lien à quelqu'un en choisissant sa durée de validité, pour laisser l'inconnue opérer: "L'idée de partager ça avec quelqu'un, le fait de n'avoir rien à faire une fois que l'oeuf est en place, c'est ce qui permet de poser son cerveau dans le sens où tu n'a pas à réfléchir à ce que tu dois faire pour te procurer du plaisir."

Le Lush 3 de Lovense, un sextoy pilotable depuis une application
Le Lush 3 de Lovense, un sextoy pilotable depuis une application © Lovense

Cette expérience, désormais régulière, Mathilde la doit, comme 28% d'hommes et de femmes, à une volonté de tester de nouvelles stimulations. Une tendance que la pandémie de Covid-19 qui empêchait les gens de sortir a aidé à démocratiser, nous confirme Amandine Jonniaux, rédactrice en chef adjointe de Journal du Geek: "Le marché du sextoy a explosé et celui des sextoys connectés aussi (+153% entre 2020 et 2021 pour le Womanizer). On s'est donc retrouvé dans une situation où beaucoup de produits sont sortis et où beaucoup de gens en achetaient."

Mais, explique-t-elle, la tendance est également à mettre aux côtés d'une autre: celle de vouloir être connecté. Un frigo, un grille-pain, une machine à café, sans oublier ses lumières... On y ajoute de manière tout à fait classique un sextoy.

"Le fait de pouvoir avoir une relation sexuelle avec quelqu'un à l'autre bout du monde, c'est quand même plutôt novateur et plutôt cool. Et surtout, ça s'inscrit dans une époque où les couples vivent à distance," estime Amandine Jonniaux.

"Par les femmes pour les femmes, ça ne fait pas rêver l'industrie"

La journaliste, qui s'est spécialisée dans le test de ces produits issus de la "sextech", précise également que les sextoys connectés sont devenus un objet de business pour les camgirls (des femmes se filmant en direct à en ligne), notamment sur Onlyfans. Les abonnés à ces créatrices peuvent ainsi payer pour disposer d'un lien permettant de "jouer" avec elles.

Certains de ces objets ne sont ainsi pas que des jouets sexuels mais peuvent aussi générer un petit rapport d'activité, à l'instar d'un bracelet de sport que l'on porterait pendant un footing. Si les produits concernés ne sont pas dotés de certifications officielles, on peut néanmoins bénéficier d'un bilan d'une séance, par exemple sur le nombre de vibration ou de va-et-vient.

Malgré l'immense marché que représentent les sextoys connectés, ils restent généralement cantonnés aux boutiques et salons spécialisés: "Sur un salon comme le CES, on a la porntech (des casques de réalité connectés ou des robots spécialisés) qui a toujours été là, elle ne se cache pas. Mais les sextoys ou objets connectés sexuels, eux, c'est toujours compliqué," se désespère Amandine Jonniaux. "Généralement, c'est par les femmes pour les femmes, et ça ne fait pas rêver l'industrie."

Mais le sextoy tel qu'on le concevait il y a encore quelques années a sû s'adapter à la nouvelle génération, comme le confirme, à Tech&Co, Patrick Pruvot, fondateur de la chaîne de boutiques dédiées aux objets intimes Passage du Désir: "On est une marque qui rajeunit d'année en année. Je ne vais pas dire que les jeunes achètent ces objets comme ils achèteraient une cafetière, mais on n'en est pas loin. Sans doute parce que ce sont des sextoys qui s'intègrent comme un produit tech, au même titre qu'un iPhone."

Pour celui qui a démocratisé l'achat de produits intimes dans des boutiques qui ont pignon sur rue, "on offre beaucoup plus ces objets à Noël ou aux anniversaires", notamment grâce à la manière dont ils sont "marketé" par des marques spécialisées. L'image d'un sextoy reprenant un organe masculin ou féminin est révolue: "Ca a permis à des hommes aussi de s'intéresser au concept. C'est beaucoup plus sophistiqué qu'avant, plus acceptable aussi. Les hommes vivent encore un peu trop les sextoys comme des défaites sociales alors que les femmes veulent explorer leur corps."

Un sextoy connecté pour homme
Un sextoy connecté pour homme © Tagnaff

Peu de risque en cas de fuites de données

Patrick Pruvot explique aussi que l'image des boutiques est très importante, notamment grâce à de grandes vitrines ouvertes qui permettent à tout un chacun de rentrer - à condition d'être majeur, puis de se confier dans un environnement décrit comme "bienveillant": "(Nos vendeurs) parlent de manière assez naturelle de sexe, ça casse tout sentiment de perversité. On reçoit beaucoup de feedback sur la sexualité des gens, car nos clients savent qu'ils peuvent se confier sans être jugé, c'est bon enfant."

Mais qui dit objet connecté, dit également risques sur les données personnelles. Une question qui revient à chaque fois, notamment ces derniers mois avec la multiplication d'attaques: "Le risque, c'est qu'une marque se mette à faire des objets connectés alors qu'elle n'en a jamais avant pour suivre la mode," explique Amandine Jonniaux, "à partir de là, on n'est pas sûr d'avoir une infrastructure sécurisée."

Patrick Pruvot balaye néanmoins le risque: "Il n'y a pas de micro, pas de caméra, il ne peut pas se passer grand chose si ça fuite. Les données qui peuvent être récupérées sont anonymes et permettent simplement de savoir le type d'utilisation qu'un fabricant peut ensuite agglomérer afin d'améliorer ses produits à venir, ainsi que le numéro de série, mais celui-ci n'est pas relié à un client."

Et dans le cas des sextoys qui peuvent être manipulés à distance, le lien est paramétrable et valable pendant une durée spécifique, empêchant les malveillances éventuelles.

Le sextoy connecté a donc un bel avenir devant lui. Le marché est en pleine expansion alors que se libère dans le même temps la sexualité. En France, si le public a mis du temps à se jeter à l'eau, la tendance est à la croissance et les fabricants l'ont bien compris. Chaque année, ce sont plusieurs centaines de modèles qui voient le jour. En 2025, 60% d'entre eux possédaient des fonctions connectées...

*le prénom a été modifié