BFM Tech

Qu'est-ce que SimpleX, cette application sans aucune modération qui séduit les extrémistes?

BFM Business Salomé Ferraris
placeholder video
Certains internautes délaissent Telegram pour SimpleX. La messagerie sécurisée, téléchargée plus de 100.000 fois sur Android, propose des fonctionnalités de confidentialité plus poussées.

Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Les déboires judiciaires de la messagerie sécurisée Telegram sont bénéfiques à SimpleX, une plateforme concurrente qui connaît un afflux d'utilisateurs extrémistes, selon le Guardian.

Fin septembre, Pavel Durov, le PDG du réseau social mis en examen par la justice française en raison de nombreuses infractions, a annoncé que la plateforme allait faire davantage d'efforts pour collaborer avec les autorités et qu'elle renforcerait sa politique de modération. Une annonce loin de plaire à certains utilisateurs d'extrême droite qui ont trouvé refuge sur SimpleX.

100.000 téléchargements

En août, l'application de messagerie a ainsi annoncé dans un communiqué avoir dépassé les 100.000 téléchargements de son application Android. Elle a également "levé un tour de financement de pré-amorçage de 1,3 million de dollars", mené par Jack Dorsey, l'ancien patron de X, ex-Twitter.

Concrètement, SimpleX ressemble à Telegram. Il s'agit d'un service de messagerie sécurisée chiffré de bout en bout où il est possible d'envoyer des messages privés et de participer à des conversations groupées. Contrairement à Telegram, les groupes n'ont pas été conçus pour prendre en charge plus d'une centaine d'utilisateurs.

Mais SimpleX va encore plus loin que son concurrent en termes de confidentialité. La plateforme se se présente comme un espace sûr qui protège les données de ses utilisateurs de "tout observateur", dont les autorités.

Confidentialité accrue

Sur son site, SimpleX affirme ainsi que l'application ne peut pas suivre "votre profil, vos contacts et vos métadonnées" puisqu'elle ne stocke pas les discussions sur son serveur. La messagerie admet donc "ne pas savoir combien de personnes utilisent nos serveurs SimpleX".

En parallèle, l'application limite au maximum les collaborations avec les autorités. "Sur la plupart des plateformes comme Telegram, les comptes se voient attribuer un identifiant unique (...) qui permet aux forces de l'ordre et aux autres enquêteurs de les suivre dans le temps et l'espace, de découvrir avec qui ils communiquent et éventuellement de les identifier", souligne Steven Rai, analyste à l'Institute for strategic Dialogue (ISD).

Sur SimpleX, ce n'est pas le cas. Pour s'inscrire, nul besoin de s'authentifier via son mail ou son numéro de téléphone. Il suffit de choisir un nom d'utilisateur et un mot de passe et le tour est joué. La plateforme vous attribue un identifiant anonyme temporaire. Un procédé qui "améliore radicalement la confidentialité", précise l'application.

L'application propose également un mode "Incognito", qui permet aux utilisateurs d'afficher un pseudo différent pour chaque contact.

"Ne comptez pas sur Telegram"

Résultat, il n'y a aucune modération et les contenus illégaux circulent sur la plateforme. Un argument qui séduit bon nombre d'utilisateurs, dont le réseau de terroristes néo-fascites Terrogram. Après l'arrestation de Pavel Durov, le groupe d'extrême droite a ainsi partagé une liste d'au moins 24 chaînes présentes sur SimpleX. Certaines d'entre elles comptent des centaines de membres. La Base, un groupe terroriste néonazie est également apparue sur SimpleX en publiant de la propagande et des informations de contact.

Dans ces groupes de discussions, les utilisateurs extrémistes semblent convaincus. "Telegram est un outil de surveillance, il l’a toujours été et le sera toujours", écrit un utilisateur d'extrême droite dans un groupe de discussion ouvert sur SimpleX après y avoir récemment migré. "Ne comptez pas dessus". "C'est digne de confiance", ajoute un autre avec un pseudo inspiré du Troisième Reich.

"Les propagandistes d’extrême droite cherchent depuis plusieurs années une alternative à Telegram, explique auoprès du Guardian Joshua Fisher-Birch, analyste au Counter Extremism Project.

"Il s’agit du changement de plateforme le plus important à ce jour pour ces communautés suprémacistes blanches en ligne, extrémistes et axées sur la confidentialité", poursuit-il.