"#Salesconnes": l'insulte de Brigitte Macron reprise par des militantes féministes

D'insulte à slogan. Après avoir choqué, les propos de Brigitte Macron, qualifiant de "sales connes" des militantes du collectif #NousToutes ayant interrompu un spectacle d'Ary Abittan, deviennent désormais un hymne de fierté du féminisme.
"Moi aussi je suis une sale conne, et je soutiens tous.tes les autres", a écrit la cinéaste engagée Judith Godrèche sur son compte Instagram, suivi de "#Salesconnes".
Lundi 8 décembre, une vidéo de la première dame en compagnie de l'humoriste le samedi précédent a été rendue publique. Après l'interruption du spectacle d'Ary Abittan aux Folies Bergères par des militantes féministes portant un masque du comédien et scandant "Abittan violeur", Brigitte Macron lui a apporté son soutien: "S'il y a des sales connes, on va les foutre dehors", s'était-elle exclamé en riant. "Surtout des bandits masqués", avait-elle ajouté.
Des paroles qui ont d'abord choqué et qui ont été largement condamnées, avant de devenir une illustration de la cause féministe. Poussé, entre autres, par la voix publique de Judith Godrèche, mais aussi par le collectif #NousToutes directement visé par l'insulte, un élan de soutien aux militantes a pris de l'ampleur sur les réseaux sociaux.
"Je suis une sale conne et fière de l'être", a ainsi écrit la comédienne belge Florence Mendez. "Soutien aux militantes de Nous Toutes." La chanteuse et actrice Camélia Jordana s'est elle aussi exprimée sur Instagram. "Moi aussi, je suis une sale conne et je suis fière de l'être. Soutien à tous.tes les autres", a-t-elle posté accompagné du hashtag #Salesconnes.
"Vive les connes et surtout merci à elles"
Et au-delà de ce soutien, les militantes et leurs alliés dénoncent une insulte plus profonde. Ce ne sont pas seulement des femmes qui ont été traitées de "sales connes" par la première dame, mais le féministe et celles qui se battent au quotidien contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes. Une lutte présentée par ailleurs par Emmanuel Macron lors de sa première campagne présidentielle comme la grande cause de son quinquennat.
Sur X, sur Instagram, sur Facebook... De nombreux internautes eux aussi reprennent le hashtag, souvent sans autres textes, comme représentant à lui seul le but entier de la cause féministe. Des voix qui s'ajoutent aux collectifs, qui ont sans attendre eux aussi repris le #Salesconnes tel un slogan de lutte.
À commencer par #NousToutes. "Les 'sales connes' des assos comme Nous Toutes font plus le taf que ton mari, Brigitte", a répondu l'association militante. "On n'oubliera pas, Brigitte."
"Vive les connes et surtout merci à elles", a salué de son côté l'actrice Rachida Brakni. L'humoriste Marine Leonardi, l'avocate Camille Kuchner, la chanteuse Solann ou encore l'actrice Nadège Beausson-Diagne ont également participé au mouvement.
"Je suis aussi une sale conne, été, hiver, printemps et automne", a notamment écrit cette dernière. "Soutien à la courageuse victime de Ary Abittan, soutien aux camarades de #NousToutes. Nés avant la honte. Vomir et revenir plus forte pour lutter ensemble contre les violences sexuelles."
"Mood #saleconne"
La vague d'indignation, et de soutien de la lutte féministe, a aussi pris une tournure politique. L'entourage de l'épouse du chef de l'État a évoqué auprès de l'AFP que les propos de Brigitte Macron constituaient "une critique de la méthode radicale employée" par ce collectif.
Une explication peu convaincante pour plusieurs élus qui se sont exprimés dans les médias ou sur les réseaux sociaux sur le sujet. L'ancien président de la République et député de la Corrèze François Hollande a par exemple estimé sur RTL que "lorsqu'il s'agit de femmes qui protestent, même si on peut critiquer la forme, on ne prononce pas des mots de la sorte."
"Mood #saleconne", a ainsi sobrement publié la députée EELV Sandrine Rousseau sur BlueSky. "On a commencé par les droits des femmes 'grande cause du quinquennat', ça termine en les insultant", note à son tour l'élue européenne insoumise Manon Aubry.
"Brigitte Macron peut désapprouver les méthodes des manifestantes, mais pas tenir des propos sexistes et insultants de la sorte", a dénoncé sur BFMTV lundi soir Manuel Bompard. "La prise en charge des violences sexistes et sexuelles par les institutions policières et judiciaires sont défaillantes dans notre pays, c'est de notoriété publique, et ces militantes ont le droit de le penser."
Ary Abittan a été accusé de viol en 2021 par une jeune femme qu'il fréquentait jusqu'à ce que l'enquête conclut un non-lieu après trois ans d'investigation.
En France, selon les chiffres de #NousToutes, 210.000 viols ou tentatives de viols sont commises chaque année. Au 4 décembre 2025, le collectif dénombrait 156 féminicides depuis de début de l'année, soit d'autres et déjà 15 de plus qu'en 2024.
3919: le numéro de téléphone pour les femmes victimes de violences
Le "3919", "Violence Femmes Info", est le numéro national de référence pour les femmes victimes de violences (conjugales, sexuelles, psychologiques, mariages forcés, mutilations sexuelles, harcèlement...). Il est gratuit et anonyme.
Il propose une écoute, informe et oriente vers des dispositifs d'accompagnement et de prise en charge. Ce numéro est géré par la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF).












