Les vacances en train: ces 8 comportements qui exaspèrent à bord des wagons

Le hall de la gare de Lyon bondée de monde à Paris (Photo d'illustration). - Flickr- CC Commons - David McKelvey
Les wagons des trains se sont à nouveau remplis à très grande vitesse cet été. Début juillet, la SNCF annonçait avoir déjà vendu 500.000 billets de plus que l'année dernière, un chiffre en hausse de 10%.
Un succès tel que les grandes gares françaises, prises d'assaut depuis plus d'un mois, peuvent vite se transformer en champ de bataille à la moindre perturbation, comme cela a pu être le cas fin août à la gare Montparnasse à Paris. Des milliers de voyageurs se sont retrouvés bloqués plusieurs heures à cause d'"une panne majeure" en plein chassé-croisé estival.
Ce type d'incidents, s'il est particulièrement rageant pour les vacanciers, engendre aussi énormément de "stress" et de "crispation" pour le personnel de la SNCF. Agressions et insultes gratuites, bagages oubliés, déchêts laissés dans les wagons... Des chefs de bord et un conducteur de train confient à BFMTV.com à quel point il peut être difficile de devoir jongler entre les incivilités quotidiennes et les situations de crise, comme celle rencontrée il y a quelques semaines.
1. Poser ses pieds chaussés sur les sièges
Certains voyageurs prennent un peu trop leurs aises à bord des wagons, à en croire le personnel de la SNCF. Détendus à l'heure des vacances, de nombreux passagers n'hésitent pas à poser leurs pieds chaussés sur les sièges du train.

Une mauvaise habitude qui risque de souiller ou d'endommager (à long-terme) les sièges du train, et qui est verbalisable à hauteur de 45 euros d'amende par les agents de la SNCF pour "dégradation de matériel".
"Ça arrive au moins une fois par trajet, et tous les agents ne verbalisent pas systématiquement. Mais c'est une simple question de respect pour les autres voyageurs qui vont s'assoir après vous", affirme Jules Mouthon-Bougeois, chef de bord à la gare d'Austerlitz, qui reconnaît faire preuve de patience et ne verbalise pas systématiquement.
2. Téléphoner ou écouter de la musique en plein wagon
Les téléphones portables, eux, sont "une plaie" pour les chefs de bord dans les trains. "On a des gens qui se croient chez eux, qui ne se gênent pas pour décrocher leur téléphone en plein milieu du wagon et parlent extrêmement fort même si le train est plein", rapporte Jules Mouthon-Bougeois, qui rappelle qu'au moment du départ, le conducteur donne la consigne de ne pas passer d'appel en cabine. Les plateformes, elles, sont prévues pour ça.
"Il y en a même qui hurlent parce qu'ils ne s'entendent pas... tout simplement parce qu'il n'y a pas de réseau", ajoute Patrick Jeannin, ancien chef de bord à la SNCF, à la retraite depuis janvier.
La musique à fond, dans les casques ou en haut-parleur, peut également poser problème pendant les périodes de forte affluence comme l'été. "On est souvent sollicités pour ça, lorsque quelqu'un ne met pas son casque sur ses oreilles et qu'il a mis son volume au maximum pour en faire profiter tout le monde... Ça crée des crispations, surtout si certains lisent, dorment ou travaillent", explique encore Jules Mouthon-Bougeois.
"Dans ces cas-là, on intervient pour rappeller aux voyageurs bruyants que leur liberté s'arrête là où commence celle des autres". Pour les plus récalcitrants, les agents SNCF peuvent être amenés à appliquer une amende de 50e euros pour "trouble de la tranquilité".
3. Mettre ses bagages ou son vélo n'importe où
Un autre grand classique, "ce sont les gens qui posent leur valises sur le siège en face ou à côté d'eux" alors que le train est plein, raconte Jules Mouthon-Bougeois. S'il "comprend que certains préfèrent avoir leur espace de tranquilité", il rappelle que le train reste un transport en commun et qu'ils doivent prendre le risque que quelqu'un vienne s'assoir à côté d'eux.
D'autres, encore, laissent négligemment leurs bagages, les poussettes ou même les vélos dans les allées ou sur les plateformes, au risque de gêner le passage et d'entraver les entrées et sorties de la voiture. "Faute de place suffisante dans les espaces dédiés, ça arrive aussi souvent qu'on retrouve des bagages ou des vélos entassés devant les portes", souligne l'ancien chef de bord de la gare d'Austerlitz. "Or ça peut être dangereux si n'importe qui venait à trébucher dessus".
De manière générale, Patrick Jeannin recommande vivement aux vacanciers de ne pas s'installer loin de leurs sacs et valises, pour éviter les vols qui étaient fréquents encore récemment. D'autant que poser ses bagages loin de soi, c'est aussi prendre le risque de les oublier en descendant, selon Vincent*. Une étourderie qui arrive plusieurs fois par jour et qui "a de lourdes conséquences pour la SNCF, qui doit à chaque fois "procéder à une levée de doute, ce qui peut être très long".

4. Retenir les portes pour pouvoir fumer plus longtemps
Lorsque le train marque un arrêt en gare, quelques fumeurs profitent parfois de ces quelques minutes de tranquilité pour brûler une cigarette sur le quai, le temps que les passagers montent ou descendent des voitures. Une habitude tout-à-fait autorisée par la SNCF, rappelle Jules Mouthon-Bougeois.
Toutefois, il a pu remarquer que la pause s'avérait parfois trop courte pour terminer une cigarette. Ainsi, il peut arriver que des voyageurs maintiennent les portes du train ouvertes manuellement, le temps de tirer quelques lattes supplémentaires. De cette façon, le train ne peut pas partir sans eux, et ils gagnent un peu de temps.
"Ce n'est pas dramatique en soi. Mais c'est relativement courant et ça faire perdre une à deux minutes à chaque fois, ce qui peut faire beaucoup accumulé sur tout le trajet, surtout si tout le monde se mettait à faire ça à chaque arrêt", note l'agent.
5. S'asseoir à une place qu'on a pas réservé
Une autre mystérieuse pratique attise la curiosité de Vincent*: ce sont les gens qui prennent un malin plaisir à s'asseoir à une place qu'ils n'ont pas réservée. "C'est phénoménal et c'est typiquement français", plaisante le conducteur, qui considère que cette mauvais habitude génère des tensions inutiles entre voyageurs.
"Ça fait vraiment des histoires pour rien. Le pire, c'est que certains font preuve de mauvaise foi, et qu'ils osent râler une fois que la personne vient réclamer la place qui lui est dûe et qu'elle a payée", s'agace Vincent.
"D'autant qu'il ne faut pas oublier que le train est un espace clos. Même pour des broutilles, les tensions sont parfois exacerbées".

6. Agresser verbalement le personnel de la SNCF
Que les trains soient à l'heure ou pas, les chefs de bord et conducteur ne cachent pas que leur quotidien est ponctué d'agressions verbales. Ton acerbe, menaces lors des contrôles, insultes gratuites... À la moindre perturbation de trafic , les usagers fatigués ou à cran n'épargnent pas le personnel de la SNCF. "Il faut voir le nombre de réflexions désogligeantes dans la tête tout au long de la journée", rapporte Patrick Jeannin.
"Il y a des gens qui ne cherchent pas le pourquoi du comment. Une panne, un suicide ou un arbre tombé sur les voies... Quoi qu'il se passe, c'est nécessairement de notre faute", abonde Vincent, le conducteur.

"Que ça ne soit pas du tout de notre ressort, il s'en fichent et on a droit à tous les raccourcis sur notre travail", ajoute-t-il, bien que "conscient" des lourdes conséquences que peuvent engendrer des retards et les perturbations sur les vies des usagers. Dans certains cas, Patrick Jeannin explique même que les situations de crise peuvent "dégénerer et aller loin, jusqu'à l'agression physique", comme cela a déjà pu arriver à des collègues à lui.
7. Laisser ses déchets sur les tablettes ou les jeter sur les voies
Attentif à la propreté de ses trains, Vincent* regrette aussi que tous les Français n'aient pas le réflexe de déblayer derrière eux avant de quitter un lieu. "Une cannette? Un sachet plastique? Les gens ne prennent pas la peine de les emporter avec eux ou d'aller les jeter à la poubelle. Pour eux, quelqu'un va forcément venir nettoyer derrière eux".
Résultat, "on retrouve constamment les emballages et les restes de pique-nique sur les sièges ou mêmes abandonnés sur les tablettes des wagons".
Le problème est le même sur les voies ferrées, d'après le conducteur, qui constate que les usagers n'hésitent pas non plus à jeter leurs déchets sur les quais ou par la fenêtre. "Les voies sont pleines de mégôts de cigarette, de bouteilles vides... On tombe même parfois sur des choses assez surprenantes comme des couches sales".
8. Jouer au chat et à la souris pour ne pas payer son billet
Lors de leurs rondes, les chefs de bord ont l'habitude de tomber sur des passagers sans billet. Mais selon eux, le plus désagréable reste de devoir courir après ceux qui préfèrent jouer au chat et à la souris pour éviter la contravention (qui peut aller de 20 euros si le billet n'est pas composté, à 150 euros maximum en plus du prix du billet).
"C'est inutile, d'autant qu'on les repère tout de suite", raconte le chef de bord Jules Mouthon-Bougeois. "Il y en a qui préfèrent rester debout et se baladent dans les couloirs indéfiniment pour nous éviter. D'autres, encore, se cachent à l'étage pendant qu'on contrôle le bas du train, et inversement. D'autres encore ont trouvé la parade: ils se réfugient dans les toilettes pendant les contrôles, dans l'espoir de passer inaperçu".
* Le conducteur de train a préféré témoigner sous un prénom d'emprunt pour des raisons professionnelles.












