Créteil: un procès jugé pour la troisième fois à cause d'un juré bavard

Le tribunal de grande instance de Créteil, dans le Val-de-Marne, où est jugé l'affaire pour la troisième fois; ici le 19 septembre 2012. - Jacques Demarthon - AFP
Depuis lundi, Bernard Lambert est jugé pour la troisième fois dans la même affaire. Cet homme de 67 ans est accusé d'agressions sexuelles sur sa nièce par alliance. Condamné à huit ans de prison en première instance, il a vu sa peine amoindrie à cinq ans en appel. Les choses auraient dû s’arrêter là, l’affaire rester confidentielle. C’était sans compter sur l’un des membres du jury du deuxième procès. Rompant le silence auquel sa fonction l’astreignait, celui-ci a publiquement dénoncé les conditions dans lesquelles avait été rendu le verdict. Invalidant même coup la sentence.
L’affaire, jugée pour la troisième fois devant la cour d’assises du Val-de-Marne à Créteil, redémarre donc "à zéro", résume l’un des avocats de l'accusé.
L'accusé se dit victime d'une machination
Les faits présumés remontent à près de 25 ans. C’est en 1999 que la nièce de Bernard Lambert, alors âgée de 16 ans, a porté plainte pour des agissements sexuels dont elle se dit victime entre 6 et 8 ans. Un âge où elle passait souvent ses week-ends chez son oncle. L'intéressé, lui, nie les faits. Il se dit victime d’une machination familiale orchestrée, selon lui, pour lui soutirer de l’argent.
Condamné une première fois en 2008 à huit ans de prison, Bernard Lambert a été jugé en appel en 2010. A l’issue de huit heures de délibéré, il a écopé de cinq ans de prison, dont deux avec sursis.
Parmi les jurés de ce deuxième procès se trouvait Thierry Allègre. Ce chef cuisinier, aujourd’hui âgé de 45 ans, a très mal vécu les huit longues heures au cours desquelles il s’est trouvé enfermé avec onze autres citoyens et trois magistrats professionnels. Le malaise l’a emporté sur le secret du délibéré qu’il avait juré de respecter: estimant que les trois juges avaient orienté les jurés populaires dans leur choix, il s’en est ouvert à l’institution judiciaire puis, devant l’absence de réponse, a finalement parlé au Parisien.
Le juré condamné pour ses déclarations
Thierry Allègre a notamment affirmé que la présidente avait déclaré aux jurés qu’elle "ne voulait pas de vote blanc". Puis que les trois juges s’étaient agacés de l’indécision de certains jurés, dont lui-même. Du fait de ces accusations, cet homme a été poursuivi et condamné à deux mois de prison avec sursis pour violation du secret du délibéré.
Vendredi, c'est un nouveau jury qui prononcera le délibéré du troisième procès de Bernard Lambert. Thierry Allègre s'est tout de même rendu, lundi, au palais de justice de Créteil. "Je ne regrette pas d’avoir dit la vérité", a-t-il commenté. "Si le vote blanc avait été autorisé (par la présidente), Bernard Lambert aurait été acquitté."












