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“Le rapport s’est inversé”: cette nouvelle génération qui incite ses parents à lâcher la cigarette

BFM Jeanne Bulant , Journaliste BFMTV
Un homme en train d'allumer une cigarette (Photo d'illustration).

Un homme en train d'allumer une cigarette (Photo d'illustration). - Photo par HANS KLAUS TECHT / APA-PICTUREDESK / APA-PICTUREDESK VIA AFP

La génération des moins de 16 ans est en passe de devenir la première "génération sans tabac" en France. Des jeunes adultes racontent à BFMTV leurs efforts et les difficultés rencontrées pour convaincre leurs parents à lâcher la cigarette.

La hausse du prix du paquet, les campagnes de prévention, les espaces sans tabac et l’engagement d’influenceurs contribuent à faire reculer la consommation de tabac chez les jeunes, au point que ce sont désormais souvent eux qui encouragent leurs parents à arrêter de fumer.

Depuis leur plus jeune âge, la jeune Yaël et sa soeur implorent désespérément leurs parents d'arrêter de fumer. À 22 et 17 ans, les deux soeurs ne cachent pas leur exaspération devant ce couple de quinquagénaires qui consomme au quotidien plus d'un paquet de cigarettes chacun depuis le début de l'adolescence.

A contrario, les jeunes femmes n'ont jamais touché une cigarette de leur vie. C'est le cas de plus en plus de jeunes Français, à en croire l'étude européenne sur la consommation des jeunes publiée en septembre dernier par l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). Cela semble aller dans le sens d'une tendance générale de "prise de conscience dans la société des effets délétères de ces comportements", juge Nicolas Prisse, président de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives.

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"Ça ne m'a jamais attirée, je n'ai jamais trouvé ça stylé"

Seuls 20% des jeunes de 16 ans avaient déjà expérimenté le tabac en 2024, selon cette étude: un des niveaux les plus faibles d'Europe. En 10 ans, la part des adolescents de 16 ans fumant quotidiennement a été divisé par 5 en France, passant d'environ 16% en 2015 à 3,1% en 2025.

"Ça ne m'a jamais attirée", raconte par exemple Yaël. "Je n'ai jamais trouvé ça stylé ou cool, même à l'époque du lycée quand les jeunes commencent". Elle explique pourtant qu'autour d'elle dès le collège, certains camarades commençaient déjà à fumer. Pour autant, elle estime que la pression sociale autour du tabac a quasiment disparu aujourd'hui au sein de sa génération. "Aucun d'entre nous n'aurait osé "shamer" (ridiculiser) ceux qui ne voulaient pas fumer, peu importe leurs raisons", rapporte-t-elle.

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Au contraire, la jeune fille s’est déjà sentie honteuse après avoir reçu des remarques de camarades au lycée sur l’odeur de cigarette imprégnée dans sa veste, alors même qu’elle ne fume pas. Selon elle, la nouvelle génération entretient un rapport nouveau à la cigarette et au tabac, qui se sont ringardisés ces dernières années grâce aux nombreuses campagnes de sensibilisation et à l'augmentation régulière du prix du paquet.

"Espaces sans tabac, paquet neutre, augmentation des prix, numéro vert... Les politiques anti-tabac fonctionnent plutôt bien", souligne le député écologiste Nicolas Thierry, qui a déposé début novembre une proposition de loi transpartisane pour faire interdire la vente de cigarettes à toute personne née après 2014 de façon à en faire le première génération sans tabac.

Objectif: ringardiser et dénormaliser le tabac

Parmi elles, la loi Evin (du 10 janvier 1991, qui encadre la vente et la promotion d'alcool et de tabac) a grandement contribué à enrayer la consommation des jeunes. Ce plan anti-tabac français s'inscrit dans l'objectif fixé par l'Union européenne d'atteindre une génération sans tabac avec moins de 5% de la population de l'UE consommant des produits du tabac d'ici à 2040.

Le Dr Bernard Basset, président de l'association Addictions France, estimait en mai dernier que "la cigarette et les produits du tabac étaient considérés comme des drogues des générations antérieures, une drogue de vieux, disons le. C'est vrai qu'elle est moins fun".

Un paquet de cigarettes neutre sur lequel figure un message de prévention sanitaire et un briquet.
Un paquet de cigarettes neutre sur lequel figure un message de prévention sanitaire et un briquet. © Photo par MATTHIEU DELATY / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

"Nous avons réussi à ringardiser et dénormaliser le tabac en l’éloignant des lieux du quotidien", se réjouit Alexandre Mirkovic, directeur de l'ONG "Demain sera non fumeur (DNF)", qui vise à protéger et sensibiliser la population des méfaits du tabac. "Le rapport de force entre générations s’est inversé: la tendance de consommation est aujourd’hui clairement à la baisse, au point que ce sont désormais les enfants qui encouragent leurs parents à arrêter".

L'ONG fait désormais en sorte d'éloigner les adolescents du tabac, en misant sur des campagnes de prévention à destination des 12-18 ans: c'est le cas de la campagne Rentre dans le game, qui vise à recruter des influenceurs et créateurs de contenus afin qu'ils passent le message à leur audience de ne pas commencer à fumer.

"Le meilleur moyen d’arrêter reste de ne jamais commencer. Or, les 12-18 ans sont en pleine phase d’expérimentation : il faut leur rappeler qu’une première bouffée peut enclencher rapidement l’addiction".

C’est le cas de Fares Chabi, créateur de contenus suivi par 160.000 personnes sur Twitch, qui réalise pour “Demain sera non fumeur” des vidéos destinées à dissuader les adolescents de commencer à fumer. "C’est de la communication passive", explique ce non-fumeur convaincu de 25 ans, dont certaines vidéos dépassent le million de vues. "Cette cible très jeune ne retiendra peut-être pas la vidéo en elle-même, mais elle plante une petite graine dans leur tête: l’idée que ça ne sert à rien de fumer. On espère que cela contribuera à faire encore reculer le tabagisme".

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Pour lui, ces jeunes ont grandi au milieu des campagnes de prévention et des images choc sur les paquets, donc c’est presque devenu une évidence pour eux qu’il ne faut pas fumer. "Le tabac a perdu son aura. On l’a longtemps présenté comme quelque chose de ‘cool’ notamment avec son ultra-présence dans les films français etc. Mais aujourd’hui, les jeunes ont compris que c'était une construction sociale et, depuis quelques années, ils n’y voient plus vraiment d’intérêt".

"Je ne vois pas l'intérêt"

Plus jeune, Marion allait jusqu'a cacher les paquets de cigarette de sa mère Sandrine pour l'empêcher d'y toucher. Depuis son adolescence et même son enfance, la jeune femme de 22 ans essaie de convaincre sa mère d'arrêter, en vain. "Elle a tellement de mal à s'en détacher: c'est un combat constant pour elle qui est accro depuis une vingtaine d'années. Chaque semaine elle dit qu'elle va arrêter mais ça ne dure jamais bien longtemps".

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À force de voir sa mère lutter contre son addiction, Marion s'est promis de ne jamais commencer. "Hors de question! Il n'y a aucun avantage à commencer, en fait, d'autant que je me suis longtemps sentie impuissante face à ma mère incapable d'arrêter: je trouvais ça assez triste... J'ai longtemps eu peur qu'elle contracte une maladie grave à cause de ça", développe cette étudiante en langues, qui sermonne régulièrement sa mère à ce sujet.

"Voir ma mère avec les dents jaunies, l'odeur de la cigarette froide... ça m'a dégoûtée et ça ne m'a jamais donné envie", avance également Clarisse, entrepreneure de 23 ans à Pantin (Seine-Saint-Denis). "J'ai aussi vu l'argent que ça représentait et personnellement je préfère partir en voyage, au restaurant plutôt que d'acheter des clopes. Je ne vois pas l'intérêt en fait: ça coûte cher, ça pue, c'est pas bon pour la santé".

Émergence de nouveaux comportements à risque

Cette femme de 75 ans fume compulsivement plusieurs paquets par jour depuis l'adolescence, tandis que sa fille a toujours été non-fumeuse. Il y a quelques années, Clarisse lui a même offert une vapoteuse dans l'espoir qu'elle lâche le tabac progressivement, mais "ça n'était pas assez fort à son goût". "Elle n'a aucune envie d'arrêter, c'est son plaisir et elle est totalement hermétique aux campagnes de sensibilisation..."

Le matin au réveil, la première chose que fait la mère de Clarisse "c'est de prendre une cigarette sur sa table de nuit et de la fumer au lit. J'ai du mal à comprendre mais bon". Autour d'elle, les adolescents qu'elle côtoit sont très rares à fumer, elle estime qu'il y a "quelques tentatives de vapotage" mais pas d'achats réguliers de paquets.

Une personne en train de consommer une ciagrette en extérieur.
Une personne en train de consommer une ciagrette en extérieur. © Photo par QUENTIN DE GROEVE / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

"Les jeunes sont aussi plus lucides sur le plan financier: ils voient d’abord que le tabac coûte cher et de manière générale, le regard porté sur la cigarette s’est durci. Certaines influenceuses fument encore, mais dès qu’elles postent des photos où c’est visible, j'ai remarqué qu'elles recevaient des critiques. Même sur Vinted, on le voit dans les évaluations, où l’odeur de cigarette est régulièrement pointée du doigt".

Mais les jeunes ne sont pas totalement préservés. L’essor de nouveaux produits nicotiniques, comme les puffs et autres cigarettes électroniques, déplace la consommation et soulève d’autres inquiétudes. Par ailleurs, de nouveaux comportements à risque émergent: notamment l'usage non médical de médicaments, la dépendance aux réseaux sociaux ou aux jeux d’argent.