La virulence d’un parasite varie-t-elle selon l’heure de l’infection?

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Il est connu que l'organisme est plus fragile aux infections dans certaines circonstances, comme l'état de fatigue ou la période hivernale. Or, l'heure de l'infection aurait aussi une influence sur la virulence de ces infections, selon des chercheurs de l'université McGill, au Canada: le moment de la journée aurait une grande importance dans la variation d'intensité des infections parasitaires, car le fonctionnement du corps humain varie selon l'heure du jour, contrôlé par ses horloges biologiques.
En effet, les chercheurs viennent d'établir que ces horloges avaient aussi des effets sur la gravité de l'infection parasitaire, selon qu’elle est transmise le jour ou la nuit. Une découverte qui, de l’avis des chercheurs, pourrait ouvrir la voie à de nouveaux traitements et à des stratégies de prévention. Les scientifiques ont fait cette découverte en étudiant des parasites du genre Leishmania, transmis par la piqûre d’insectes appelés phlébotomes.
Ces parasites sont responsables des leishmanioses, des maladies qui entraînent des affections cutanées ou viscérales très invalidantes, voire mortelles si elles ne sont pas traitées. L'institut Pasteur estime à environ deux millions le nombre de nouveaux cas de leishmanioses dans le monde, et ces parasitoses sont aujourd'hui considérées comme des maladies négligées.
L'équipe scientifique a choisi de les étudier car bien que ces parasites soient généralement concentrés dans des régions tropicales, les changements climatiques pourraient entraîner leur propagation. Chez la souris, elle a ainsi découvert une variation marquée de la réponse immunitaire dirigée contre le parasite, selon l’heure à laquelle ce dernier a été injecté.
Les cellules immunitaires ont aussi leur horloge
"Nos travaux antérieurs ont révélé que le système immunitaire est doté de ses propres horloges biologiques. Les mécanismes de défense de l’organisme sont plus ou moins actifs à différents moments de la journée", explique Nicolas Cermakian, auteur principal de l'étude publiée dans Scientific Reports. Plus précisément, les chercheurs ont constaté que le parasite Leishmania était plus virulent au début de la nuit.
Mais paradoxalement, cette période correspond au moment où la réponse immunitaire est la plus forte contre ce dernier. Pourquoi ce parasite serait-il transmis par un insecte qui pique au moment précis où le système immunitaire offre une protection maximale? En fait, pour arriver à se développer dans l’organisme hôte, le parasite doit déclencher une réponse immunitaire forte, attirant ainsi les cellules inflammatoires qu’il utilise pour se multiplier au site de l'infection.
"Nous savions déjà que les rythmes circadiens du système immunitaire pouvaient contrôler les infections virales et bactériennes, mais c’est la toute première fois que cela est démontré pour une infection parasitaire, et pour une infection transmise par un vecteur", ajoute le professeur Cermakian. Les chercheurs souhaitent maintenant en savoir plus sur le processus de régulation circadienne de la leishmaniose, à savoir les mécanismes permettant le rythme circadien de Leishmania.
Ils ont déjà découvert que ce rythme de réponse à Leishmania était réglé par l’horloge des cellules du système immunitaire. "Si on parvenait à trouver comment s’opère la régulation des interactions hôte-parasite en fonction du moment de la journée, on pourrait être mieux outillé pour lutter contre d’autres maladies transmises par des insectes", conclut le professeur Cermakian. Car outre les parasites, les insectes sont susceptibles de transmettre d'autres agents infectieux que sont les virus (chikungunya, dengue) et les bactéries (maladie de Lyme).











