Salaires des grands patrons du privé : une loi «avant l’été»

Alors que le gouvernement travaille sur une limitation des salaires des grands patrons du secteur public, une loi devrait encadrer prochainement aussi ceux du privé. - -
Après le public, le privé : Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement, a indiqué ce jeudi qu'il y aurait « avant l'été » un projet de loi pour encadrer les salaires des grands patrons du privé. « Il s'agira de mettre fin à un certain nombre de pratiques et d'introduire de la transparence dans la rémunération » des dirigeants des grandes entreprises, a affirmé la ministre, confirmant ce qu’avait annoncé Jean-Marc Ayrault mercredi et ce que disait ce jeudi matin sur RMC Pierre Moscovici, le ministre des Finances, qui affirme que « s’il faut, le gouvernement légiférera ».
« La plus grande transparence dans les rémunérations »
Le gouvernement entend donc suivre l'exemple suisse. Le 3 mars dernier, les citoyens ont approuvé par référendum la mise en place d’un système de limitation des rémunérations excessives des patrons d'entreprises cotées en bourse. Le projet, qui doit encore faire l'objet d'une loi, prévoit d'interdire les parachutes dorés et les retraites chapeaux et en cas d'infraction, l'amende pourra aller de l'équivalent de six ans de revenus à trois années de prison. En France, toutefois, pas encore de détails. « Il y aura une loi mais on ne peut pas faire dans le privé ce qu'on fait dans le public, cela va de soi », affirme ainsi la ministre, écartant a priori un écart maximum de rémunérations de 1 à 20 comme dans le secteur public. En revanche, concernant les retraites chapeaux, Najat Vallaud Belkacem affirme que « c'est vrai que cela fait partie de ces pratiques qui semblaient parfois pas tout à fait légitimes ou exagérées ». « Nous veillerons à ce qu'il y ait la plus grande transparence dans les rémunérations, par exemple en faisant en sorte que soient soumises au conseil d'administration des grandes entreprises celles des dirigeants, qui devra ensuite les valider », a aussi dit la ministre.
« Il faut moraliser ces rémunérations »
Pour le député PS du Cher Yann Galut, la mesure est tout à fait logique. « Certains patrons français gagnent plusieurs millions d’euros, plusieurs centaines d’années de Smic, alors qu’on demande toujours plus aux salariés.Et bien il me semble qu’il faut moraliser ces rémunérations et pouvoir les limiter. C’est une mesure de justice sociale et c’est tout à l’honneur de Jean-Marc Ayrault de la proposer dans des délais assez rapides ». Quant aux craintes de ceux qui s’inquiètent de voir les patrons français quitter le pays, le député n’y croit pas. « Ne vous inquiétez pas, il y aura toujours des patrons français disponibles, volontaires, entrepreneurs, pour diriger les entreprises privées françaises », assure l’élu.
« Une ingérence inacceptable de l’Etat »
Pourtant, Charles Beigbeder, chef d'entreprise, président de la Commission entrepreneuriat du Medef et secrétaire national de l’UMP, y voit une intrusion illégitime dans le fonctionnement de la sphère privée. Sa réponse à Jean-Marc Ayrault est d’ailleurs claire : « J’ai envie de lui dire "de quoi je me mêle ?" Est-ce que nous, chefs d’entreprises, intervenons dans la fixation des rémunérations des fonctionnaires ? Non. Et bien il n’a rien à faire dans la rémunération du secteur privé. C’est une violation du droit de propriété, une ingérence inacceptable de l’Etat dans la vie des entreprises et ça peut avoir des conséquences néfastes sur l’attractivité de notre territoire, et tout simplement sur la gestion de nos entreprises. C’est une affaire qui concerne les actionnaires de ces entreprises privées ».












