Pour l’égalité hommes-femmes, les discours ne valent pas les actes

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Les symboles sont utiles pour montrer que le progrès est en marche. Dans le paysage politique issu des municipales, il y a des nouveautés qui ont du sens : la 1ère femme maire de Paris (d’où le lieu choisi par François Hollande), la 1ère directrice de cabinet à Matignon, un ministère renforcé pour le droit des femmes. Ça montre aussi les retards qui restent puisqu’on s’en étonne encore.
Alors que la parité au gouvernement ne se discute plus : il y a des ministres excellentes, d’autres moins convaincantes, mais Hollande et Valls ont aussi promu (comme d’habitude) des hommes dont le choix était discutable. C’est que l’égalité avance : celle des compétences et celle des incompétences. Il faut aller plus loin. Il en va de l’égalité comme de l’amour : les mots comptent, mais les preuves comptent plus.
Le ministère de la défense a annoncé hier un plan de lutte contre les discriminations et les violences contre les femmes dans l'armée. Ce sont des faits, pas des mots....
C’est vrai et il faut le saluer. En même temps, c’est encore une incitation à la vigilance : on se félicite d’avoir, en France, l’armée la plus féminisée d’Europe. Il a fallu un livre et des témoignages pour qu’on prenne la mesure de cette situation outrageante – et les mesures qui s’imposent pour y mettre fin.
Il reste quand-même à assurer une équité des carrières militaires : 15% de nos soldats sont des femmes, mais seulement 3% de nos généraux. Le ministre a annoncé qu’il y aura des femmes dans les sous-marins. Il serait bon en effet qu’on s’attaque au problème en profondeur et pas seulement en surface – et pas seulement dans l’armée…
Sur quels front se situent les batailles qui doivent être menées pour aller vers plus d'égalité?
Il faut des politiques volontaristes pour l’égalité salariale – en moyenne, une femme est payée 27% de moins qu’un homme pour le même travail. Il faut aussi lutter contre la précarité qui touche plus les femmes que les hommes, le temps partiel subi, les carrières entravées par la maternité, les inégalités sur les retraites. A ce propos, il manque toujours 500 000 places de crèche. Et François Hollande s’est engagé sur une 3è semaine de congé parental pour les pères, ce n’est pas fait. Sur beaucoup de plans, on peut encore avoir le sentiment que les femmes, qui sont majoritaires dans la société, sont considérées comme une minorité – parfois même une minorité opprimée
Qu'est ce qui explique le retard de la société française en matière d'égalité hommes-femmes?
La structure pyramidale du pouvoir, dans un pays où l’Etat est au centre de tout. C’est un système conçu par des hommes et qui repose sur la cooptation – dans l’administration, l’entreprise, la politique. Pour que ça évolue, il faut des lois – c’est le cas dans les autres pays, y compris en ce moment aux USA sur l’égalité salariale.
C’est ce qui fait que les femmes ont du mal à accéder aux responsabilités. Et c’est ce qui rend encore nécessaire un ministère du Droit des femmes. Pour l’instant, on trouve encore logique d’y nommer une femme. Mais de même qu’on prépare la transition écologique sans écologistes, on pourra dire que la cause des femmes est vraiment universelle quand on la confiera… à un homme.












