Le nouveau modèle d’Ayrault n’est ni nouveau, ni un modèle

Hervé Gattegno - -
Un nouveau modèle peut-être, mais d’abord des vieilles recettes de communication : la mise en scène du gouvernement mobilisé, uni, prêt à lutter contre la crise – comme Nicolas Sarkozy voulait chercher la croissance « avec les dents », c’est tout sauf original. Le côté « vous allez voir ce que vous allez voir » a surtout un air de déjà-vu. Que le gouvernement soit sur le pont, très bien – on lui a reproché l’inverse l’été dernier. Mais l’image des ministres en demi-cercle écoutant le président vanter les vertus du travail en équipe, ça faisait penser à ces séminaires de motivation pour cadres démoralisés. C’est peut-être revigorant pour les intéressés mais un peu inquiétant à observer…
Il y a justement cet article dans Le Monde, qui était censé donner du fond, faire la pédagogie de l’action gouvernementale…
C’était l’objectif ; mais le texte de Jean-Marc Ayrault est aussi ennuyeux que son discours de politique générale. Et sur le fond, ce n’est qu’un enfilage de lapalissades. « Rendre notre modèle économique et social plus compétitif et plus solidaire » ; faire des économies budgétaires tout en « modernisant l’action publique pour mieux servir les Français » ; lutter contre le chômage avec « une politique industrielle ambitieuse, des infrastructures efficaces, une recherche performante » - la belle affaire ! Au total, ce qu’on déchiffre de la social-démocratie version Ayrault, c’est tout sauf nouveau : c’est du mendésisme sans la franchise, du rocardisme sans la créativité, du jospinisme sans l’autorité.
A propos d’autorité, est-ce qu’il n’y avait pas aussi, dans la mise en scène de jeudi, la volonté de François Hollande de conforter son premier ministre, affaibli par les couacs du gouvernement ?
C’est certain – mais c’est une comm’ trop voyante pour être efficace. Que le président doive rappeler lourdement qu’un gouvernement « ce n’est pas une addition d’individualités » mais « un ensemble qui a son identité… et aussi son chef », ça souligne que la question se pose. De fait, les deux ministres qui crèvent l’écran depuis six mois, Manuel Valls et Arnaud Montebourg, sont justement ceux qui ont ouvertement contredit Jean-Marc Ayrault. C’est un problème pour le Premier ministre. Il y en a un autre : une impression persistante de flottement parce que le gouvernement manque de poids lourds – s’il devait payer l’écotaxe, ça ne le ruinerait pas ! Mais politiquement, cette image de légèreté finit par coûter cher.
On a beaucoup parlé de la nomination du journaliste Claude Sérillon à l’Elysée, pour renforcer l’équipe de communication : ça sert vraiment à quelque chose ?
On le lui souhaite. Pour l’instant, le fait qu’on parle plus des communicants que des gouvernants est un mauvais signal : ça veut dire que les questions de forme prennent plus d’importance que le contenu du message. En bonne logique, pour ne pas parasiter la séquence d’hier – l’opération remise en selle du Premier ministre – Claude Sérillon aurait dû conseiller à François Hollande… de différer sa propre nomination à l’Elysée. Mais peut-être qu’il n’avait pas mesuré que Jean-Marc Ayrault était affaibli à ce point-là.
Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce vendredi 4 janvier.












