Le couple Alliot-Marie se défend d'avoir profité du camp Ben Ali

Les rapports entre Michèle Alliot-Marie et l'ancien régime tunisien sont à nouveau mis en cause après les révélations sur un voyage de la ministre des Affaires étrangères dans le jet d'un homme d'affaires tunisien. /Photo prise le 22 janvier 2011/REUTERS/ - -
PARIS (Reuters) - Les rapports entre Michèle Alliot-Marie et l'ancien régime tunisien sont à nouveau mis en cause après les révélations sur un voyage de la ministre des Affaires étrangères dans le jet d'un homme d'affaires tunisien.
Ce dernier n'est pas un proche du président déchu Zine Ben Ali, affirme le ministre Patrick Ollier, qui confirme avoir voyagé avec sa compagne Michèle Alliot-Marie dans ce jet entre Tunis et la station balnéaire de Tabarka fin 2010, en pleine révolte populaire en Tunisie.
Un ami, l'homme d'affaires Aziz Miled, "nous a proposés de nous amener à Tabarka en 20 minutes plutôt que de faire deux heures de voiture avec des routes de montagne", a dit sur RTL le ministre des Relations avec le Parlement.
Patrick Ollier dit également avoir payé, avec son beau-père, les chambres d'hôtel à Tabarka.
Le Canard enchaîné, qui a donné l'information mercredi, assure qu'Aziz Miled était bien un proche de Ben Ali.
Miled a cosigné l'an passé une tribune appelant le président Ben Ali à se présenter à l'élection de 2014, a fait partie de ses comités de campagne et figure sur la liste des personnes dont la Suisse a gelé les avoirs après la fuite de Ben Ali.
"M. Miled est plus une victime qu'autre chose du clan Ben Ali", a affirmé Patrick Ollier, répétant l'argumentation de l'entourage de Michèle Alliot-Marie la veille.
"Certainement il connaissait le président Ben Ali mais il a construit sa fortune de ses propres mains et a été spolié par M. (Belhassen) Trabelsi - beau-frère de Ben Ali - qui lui a, il y a quelques mois, pris 20% de sa compagnie alors qu'il était propriétaire totalement, et qui exigeait de devenir président de la société."
VICTIME OU ALLIÉ DE BEN ALI ?
Les deux hommes avaient fusionné leurs compagnies aériennes et Aziz Miled avait cédé la présidence à Belhassen Trabelsi, aujourd'hui en exil au Canada.
Miled a retrouvé, après le départ de Ben Ali, la présidence de l'entreprise, signe selon l'entourage de Michèle Alliot-Marie qu'il est plus proche du nouveau régime que de l'ancien.
La ministre a été vivement critiquée pour avoir proposé l'aide de la France à la police tunisienne au moment où celle-ci réprimait des manifestations et validé l'envoi de grenades lacrymogènes en Tunisie deux jours avant la fuite de Ben Ali.
Elle affirmait dimanche dans le Parisien avoir payé ses vacances. Plusieurs médias ont écrit qu'elle avait bénéficié d'une escorte de la police tunisienne et qu'une voiture officielle l'attendait à sa descente d'avion à Tunis.
Le Parti socialiste demeurait prudent sur cette affaire mercredi, se refusant à réclamer la démission du chef de la diplomatie française.
"Si c'est vrai, c'est grave", a toutefois dit sur RTL son premier secrétaire Martine Aubry.
Evoquant un règlement de comptes au sein de la droite française, le député PS Jean-Christophe Cambadélis a expliqué que la ministre s'était "déstabilisée toute seule".
"Ce n'est pas cet incident, cette révélation qui la déstabilise mais l'absence de politique menée, que ce soit sur la Tunisie ou sur l'Egypte", a-t-il dit sur France Info.
L'attaque la plus franche est venue de la droite. Le chef de file des sénateurs UMP Gérard Longuet a jugé que "la ministre des Affaires étrangères aurait pu passer ses vacances en France".
"C'est son jugement personnel", a-t-il dit sur LCI. Prié de dire si elle devait démissionner, il a répondu : "Personne ne lui demande à cet instant et je ne lui demande pas."
L'ancien ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin a jugé la situation "malheureuse" : "Je ne la charge pas mais bon, il faut être prudent (...) Manifestement, c'est un comportement qui n'est pas souhaitable", a-t-il dit sur BFM TV.
Clément Guillou, édité par Yves Clarisse












