La veuve de l'ancien président du Rwanda arrêtée en France
PARIS (Reuters) - La veuve de l'ancien président rwandais Juvénal Habyarimana, accusée d'être impliquée dans le génocide de 1994, a été arrêtée en France, moins d'une semaine après la visite de Nicolas Sarkozy au Rwanda.
Interpellée dans l'Essonne, au sud de Paris, Agathe Habyarimana est sous le coup d'un mandat d'arrêt international émis en octobre 2009 par la justice rwandaise et relayé par le parquet général de Paris, a-t-on appris de source policière.
L'assassinat de Juvénal Habyarimana en 1994 avait marqué le point de départ d'un génocide qui a fait 800.000 victimes et son épouse est soupçonnée d'être l'une des instigatrices des massacres de par son rôle officieux dans le régime de l'époque.
En visite de réconciliation à Kigali le 25 février, Nicolas Sarkozy avait reconnu que la France avait commis de "graves erreurs d'appréciation" lors du génocide rwandais, sans aller jusqu'à présenter des excuses officielles.
Mais il avait fait aux côtés du président rwandais Paul Kagamé, qui réclame l'extradition vers son pays de toutes les personnes soupçonnées de génocide, des déclarations qui prennent une résonance toute particulière aujourd'hui.
"Nous voulons que les responsables du génocide soient retrouvés et soient punis", avait-il dit. "Est-ce qu'il y en a en France ? C'est à la justice de le dire."
Agathe Habyarimana, qui a été conduite à la police de Versailles, avait quitté le Rwanda trois jours après l'attentat du 6 avril 1994 contre l'avion de son mari, abattu par des missiles sol-air à son atterrissage à Kigali.
EXTRADITION PEU PROBABLE
Elle devrait être placée en détention en attendant son éventuelle extradition vers le Rwanda, qui doit présenter une demande officielle comportant les documents relatifs aux charges retenues contre elle, dit-on de source judiciaire.
La cour d'appel doit donner son feu vert à cette extradition qui sera mise en oeuvre par un décret du Premier ministre au terme d'une procédure qui peut prendre plusieurs mois.
Toujours de source judiciaire, on estime toutefois qu'il est peu probable que la démarche aboutisse à une extradition.
Même si le Rwanda a aboli la peine de mort, les conditions de détention y sont en effet jugées incompatibles avec les normes européennes, ce qui pourrait empêcher le transfert.
Cette procédure d'extradition est séparée de celle engagée contre la veuve de l'ancien président rwandais après le dépôt d'une plainte par des associations de victimes pour "complicité de génocide et complicité de crime contre l'humanité".
Si l'extradition est refusée, la justice française pourra poursuivre elle-même Agathe Habyarimana en vertu du principe de compétence universelle, comme le suggère l'association de défense des droits de l'homme Survie.
"AU COEUR DU RÉGIME GÉNOCIDAIRE"
La France avait refusé d'accorder l'asile politique à Agathe Habyarimana en octobre dernier.
Le Conseil d'Etat, plus haute juridiction administrative française, avait alors confirmé une décision prise en février 2007 par la commission de recours des réfugiés.
Cette dernière avait conclu qu'elle avait joué un rôle central dans les tueries ayant frappé les Tutsis et Hutus modérés en raison de sa place "au coeur du régime génocidaire responsable de la préparation et de l'exécution du génocide".
Cet épisode intervient en pleine réconciliation entre la France et le Rwanda, dont les relations avaient été ternies par les mandats d'arrêt lancés en 2006 par des magistrats français contre neuf officiels rwandais proches de Paul Kagamé, leur imputant l'attentat contre l'avion de Juvénal Habyarimana et donc une responsabilité indirecte dans le génocide.
Ces mandats n'ont pas été levés mais la France a pris des mesures d'apaisement envers Kigali, notamment en rétablissant les relations diplomatiques avec le Rwanda.
Le Rwanda reproche aux militaires français de l'opération Turquoise, censée protéger les populations civiles et les réfugiés au plus fort de la crise de 1994, d'avoir secouru des miliciens hutus responsables du génocide ou de leur avoir permis de fuir vers le Zaïre voisin mais Paul Kagamé a estimé jeudi dernier qu'il ne fallait pas être "otage du passé".
Nicolas Bertin, Thierry Lévêque et Jean-Baptiste Vey, édité par Yves Clarisse












