BFM

Hollande fait sa crise d’autorité : ça lui passera…

BFM Hervé Gattegno
Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

Téléchargez la nouvelle application BFM
Intervention armée au Mali, cumul des mandats, mariage homosexuel… le président de la République est sur tous les fronts à la fois. Avec une fermeté nouvelle que tout le monde a relevée.

Il fallait s’y attendre : le fait d’avoir enfilé un treillis par-dessus son habit a changé, sinon F. Hollande, en tout cas son image. Comme la presse est moutonnière – et disciplinée, surtout en temps de guerre – tout le monde y va de son faux étonnement et de ses vraies louanges. D’un seul coup, celui qui était considéré comme trop prudent, indécis, apparaît comme un leader déterminé : celui qui n’était guère un chef s’est changé… en chef de guerre ! Dissipons tout de suite l’illusion : 1. Cette métamorphose est surtout une posture politique. 2. Elle n’aura qu’un temps.

Autrement dit : vous pensez que cette nouvelle image d’autorité ne coïncide pas avec la réalité politique ? Ce n’est que de la communication ?

Pas seulement mais en partie. F. Hollande veut rentabiliser au maximum cette séquence. Il n’a pas calculé qu’il engagerait l’armée au Mali à un moment où il a à affronter plusieurs épreuves politiques. Mais il sait le parti qu’il peut tirer d’une crise militaire qui lui donne (mécaniquement) un surcroit d’autorité – et il le joue à fond. Il chapitre sa majorité (sur le cumul), résiste à la rue (sur le mariage), il appuie sur le fait que l’accord sur le droit du travail n’a pu être obtenu que parce qu’il a menacé les partenaires sociaux d’une loi. Ce n’est plus le président « normal » mais le président martial. Mais ni l’un ni l’autre ne sont le vrai F. Hollande.

Mais alors posons la question : qui est, d’après vous, le vrai F. Hollande ? Est-ce qu’on ne l’a pas encore vraiment vu à l’œuvre depuis son élection ?

On l’a vu en campagne : c’est un politicien roué, subtil, qui préfère l’illusion du consensus à la réalité de l’affrontement. Il sait trancher mais il en a horreur. N. Sarkozy aimait trop décider, lui pas assez. Mais il ne faut sous-estimer ni son immodestie, ni son habileté. L’immodestie, c’est d’avoir cru (comme ses prédécesseurs) qu’il façonnerait la présidence à son image. L’habileté, c’est de savoir changer de style pour se couler dans le modèle monocratique français : autorité, attention et distance. N. Sarkozy s’était mis à parler lentement, à surjouer le calme olympien. F. Hollande en a assez de passer pour un mou du genou ; il veut qu’on le prenne pour un dur-à-cuire ! On va essayer.

Est-ce que le durcissement du conflit au Mali et la prise d’otages en Algérie ne risquent pas de faire tourner la situation en sa défaveur ?

C’est évidemment un risque. Il paie déjà en partie la posture agressive qu’il a choisie puisque si la France est quasiment seule au Mali, c’est qu’il n’a prévenu les Européens qu’au dernier moment, pour s’assurer le leadership de l’opération. L’autre danger, c’est que si la guerre s’enlise, que nos intérêts sont frappés, nos otages tués, son audace se retourne contre lui. Mais il est trop avisé pour ne pas savoir que les batailles politiques sont autrement meurtrières. Sur le mariage gay comme sur le cumul des mandats, il peut s’attendre à des guérillas (une à gauche, l’autre à droite). Et il a devant lui, surtout, la guerre la plus difficile : celle qu’il doit mener contre le chômage – et dans laquelle, pour l’instant, il se montre moins en chef des armées qu’en gouvernant… désarmé.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce jeudi 17 janvier.