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A l'UMP, tout le monde a perdu... mais c'est Copé qui a gagné

BFM Hervé Gattegno
Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

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Journée de réunification hier à l’UMP : le groupe des dissidents fillonnistes a été dissous et la nouvelle direction du parti a été présentée autour de Jean-François Copé. Est-ce vraiment la fin de la crise ?

Il faudra plus qu’une belle photo de groupe et quelques accolades pour dissiper les images lamentables des derniers mois. Hier, à la présentation de la nouvelle équipe, tout le monde souriait mais pas de la même façon – sourires de soulagement chez les copéistes, rictus crispés chez les fillonnistes. Ça voulait tout dire. Sur l’image comme dans la réalité, c’est JF Copé qui préside. La situation de fait est devenue situation de droit. Et comme en plus, F. Fillon était absent, l’image qui s’impose, c’est que finalement, c’est bien l’outsider qui a gagné. Copé a pris le parti et Fillon en a pris son parti. Du moins pour l’instant.

Tous les postes de direction ont été doublés pour permettre aux partisans de Jean-François Copé et de François Fillon de siéger côte à côte – donc de se surveiller. Ça vous paraît viable, comme organisation ?…

Viable peut-être ; vivable, on verra. Les rancunes ne vont pas disparaître aussi vite. F. Fillon avait dit : « Un parti, ce n’est pas une mafia. » L’ambiance de la cérémonie d’hier faisait penser à des obsèques en Corse après un règlement de comptes : on s’embrasse mais tout le monde soupçonne tout le monde… Il reste qu’à l’arrivée, Copé peut se donner le beau rôle : il a réuni tous les courants de l’UMP autour de lui, comme promis. Et plus l’armée de vice-présidents et de grands chambellans de tous poils sera divisée, plus il aura, en réalité, les mains libres. Sans compter que la machine d’un parti, ce sont ses cadres, ses permanents qui la font vraiment tourner. Et tous ceux-là ont été choisis par Copé…

François Fillon coprésidera quand-même avec lui la commission des investitures du parti, qui aura la haute main sur la préparation des municipales de 2014. C’est la preuve qu’il n’a pas abdiqué…

François Fillon continue de penser qu’il a été privé de sa victoire. Donc oui, il veut surveiller la façon dont Copé va organiser les municipales de 2014, qui seront une date clé : si c’est un succès, l’UMP sera à nouveau en situation de disputer le pouvoir au PS en 2017 – et le Sénat peut rebasculer à droite ; en cas d’échec, la perspective sera plus sombre. Le problème de F. Fillon, c’est que pour être en mesure de profiter d’une victoire de l’UMP, il faut qu’il se représente à la nouvelle élection pour la présidence, en septembre. Or même ses fidèles ont des doutes. Le plus probable est qu’il ne sera pas candidat. Ce qui laisse le champ libre à Copé. Et ce qui veut dire que lui, Fillon

Luc Chatel, l’un des nouveaux vice-présidents, a évoqué hier la tenue d’ « états généraux » de l’UMP pour préparer une « rénovation idéologique ». D’après vous, c’est ce dont le parti a besoin ?

L’UMP a plus besoin d’un grand coup d’accélérateur que d’une thérapie de groupe. Répétons-le, il n’y a pas de vraie fracture idéologique au sein de ce parti – en tout cas, pas entre Copé et Fillon. En revanche, l’UMP a du terrain à reconquérir en tant que force d’opposition : la crise interne a laissé une tranquillité inespérée à F. Hollande, même quand il était en difficulté. Et puis il y a des difficultés matérielles, financières, que la guerre des chefs a amplifiées puisque beaucoup d’adhérents sont partis. Avant d’organiser des états généraux à l’UMP, Jean-François Copé va devoir en améliorer l’état général…

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce mercredi 16 janvier.