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Villiers-le-Bel: un procès pour la vérité, presque six ans après

BFM Mathilde Tournier
La moto conduite par Mouhsim et Lakamy après l'accident, le 25 novembre 2007.

La moto conduite par Mouhsim et Lakamy après l'accident, le 25 novembre 2007. - -

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La justice se penche jeudi et vendredi sur l’accident qui avait coûté la vie à deux adolescents et auquel avaient succédé deux jours d’émeutes, fin 2007 à Villiers-le-Bel. Qu'attendre de ce procès, plus de cinq ans après le drame? Décryptage.

A Villiers-le-Bel, cinq ans et demi ont passé depuis l'accident. La ville du Val-d'Oise, qui s'était embrasée après la mort de deux adolescents, Mohsin et Lakamy, le 25 novembre 2007, s'apprête à en revivre tous les détails.

Jeudi et vendredi, se tient à Pontoise le procès du policier qui conduisait l'automobile entrée en collision avec la moto des deux adolescents. Mais plus qu'une vengeance ou une réparation, les proches des victimes attendent que toute la lumière soit faite sur les circonstances du drame.

>> Que s'est-il produit le 25 novembre 2007?

Le 25 novembre 2007 vers 17 heures, Mohsin et Lakamy, deux adolescents de 15 et 16 ans, circulaient sans casque sur une petite moto quand, à un carrefour, ils sont entrés en collision avec une voiture de police qui arrivait sur leur droite. Projetés au sol, les deux adolescents sont morts quelques minutes plus tard, malgré l'intervention rapide des secours.

Dans un premier temps, les quatre policiers ont affirmé que la moto, qui roulait trop vite, sans lumières, et n'avait pas respecté la priorité à droite, est venue s'encastrer dans le flanc gauche de leur véhicule.

Mais une contre-enquête menée par des proches des deux victimes et dont des extraits ont été diffusés jeudi dernier par France 2, est venue récemment remettre cette version en cause. Pour leurs auteurs, la moto arrivait devant le véhicule de police et celui-ci l'a percutée par l'avant. Pour établir cette hypothèse, ils se sont fondés sur la position des corps au moment de l'impact.

Au cours de l'enquête, un rapport d'expertise a également montré que la voiture de police ne circulait pas à "40 ou 50 km/h", comme l'avait affirmé le conducteur du véhicule, mais à 64 km/h, et qu'il se trouvait en phase d'accélération. C'est la raison pour laquelle le conducteur de la voiture a été renvoyé devant la justice.

>> Pourquoi le procès arrive-t-il si tard?

Les tout premiers éléments de l'enquête rassemblés par le parquet de Pontoise et l'IGPN, la "police des polices", écartaient la responsabilité des policiers. Le 23 octobre 2009, la justice avait prononcé un non-lieu.

Mais, suite à l'appel des parties civiles, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Versailles avait demandé un supplément d'information. Le conducteur du véhicule de police, aujourd'hui âgé de 36 ans, avait finalement été renvoyé en correctionnelle en septembre 2011 pour "homicides involontaires".

Il devait comparaître le 19 avril 2012. Accusé entre-temps d'avoir menti sur la vitesse du véhicule, il a été mis en examen pour "faux témoignage". Ce nouveau chef d'inculpation a entraîné le renvoi. Un non-lieu a été rendu dans ce volet de l'affaire. Le fonctionnaire de police sera donc uniquement jugé pour "homicides involontaires" les 6 et 7 juin.

>> Qu'attend-on de ce procès?

L'avocat des parties civiles, Me Jean-Pierre Mignard, a prévenu: "il ne s'agit pas de faire le procès de la police". Alors que la mort des adolescents avait provoqué une réaction violente chez des jeunes du quartier, suivi de deux jours d'émeutes, l'avocat souhaite aujourd'hui temporiser: "Nous demandons simplement au tribunal de dépoussiérer ce dossier et de reconnaître que l'infraction routière et le délit d'homicide involontaire sont constitués."

De leur côté, les familles des victimes espèrent que ce procès sera "l'occasion de faire toute la lumière" sur les circonstances de l'accident. Araf Sehhouli, le père de Mohsin, a exprimé son souhait que "la justice fasse son travail". Car les proches des victimes ont le sentiment que les autorités ont tenté de minimiser leur responsabilité juste après le drame, et voient ce procès comme l'aboutissement d'un long combat judiciaire.

Pour le prévenu, l'audience sera également l'occasion de "tourner la page". Le secrétaire départemental du syncidat de policiers Alliance, Ludovic Collignon, a indiqué que son collègue "traînait cet accident comme un boulet" et que cette affaire "l'avait beaucoup touché". De son côté, l'homme espère "enfin être blanchi".