Sept interpellations, perquisitions, butin introuvable... Où en est l'enquête sur le cambriolage au Louvre?

Une enquête qui s'accélère. Depuis le casse du Louvre et le vol de bijoux d'une valeur estimée à 88 millions d'euros, une centaine d'enquêteurs s'affairent afin de retrouver les coupables de ce vol rocambolesque. Cinq nouvelles interpellations ont eu lieu ce mercredi 29 octobre s'ajoutant à celles de deux hommes samedi. Les analyses des téléphones retrouvés lors de perquisitions ou encore des traces ADN perdurent. Le butin reste quant à lui introuvable. BFMTV fait le point sur l'avancée de l'enquête.
• Deux premières arrestations samedi
Depuis ce samedi 25 octobre, sept hommes sont entre les mains de la police ou de la justice dont trois qui sont soupçonnés de faire partie du "commando" ayant dérobé les joyaux de la couronne de France.
Deux premières arrestations ont eu lieu samedi soir. Les deux hommes, de 34 et 39 ans, ont été mis en examen ce mercredi après près de 96 heures de garde à vue pour "vol en bande organisée, et pour association de malfaiteurs en vue de commettre un crime". Ils ont été écroués.
Les deux trentenaires, soupçonnés d'être ceux qui ont "pénétré dans la galerie d'Apollon pour s'emparer des bijoux", ont "partiellement reconnu les faits", a indiqué la procureure de Paris, Laure Beccuau, mercredi lors d'une conférence de presse.
"Ils se sont livrés à des déclarations, que côté enquêteurs et côté magistrats du parquet, nous estimons minimalistes par rapport à ce qui nous paraît être démontré par le dossier", a explicité la magistrate ce jeudi sur RTL. L'ADN de l'un d'entre eux a été retrouvé sur l'une des vitrines fracturées ainsi que sur des objets abandonnés au Louvre tandis que les traces ADN du deuxième homme ont été retrouvées sur un des scooters ayant servi à fuir après le casse.
L'homme de 34 ans, interpellé à l'aéroport de Roissy alors qu'il s'apprêtait à embarquer pour l'Algérie "sans billet retour" est déjà connu des services de police et de justice pour des faits relevant essentiellement de la délinquance routière, et un fait de vol. Quand le deuxième, un chauffeur de taxi clandestin de 39 ans, interpellé à proximité de son domicile à Aubervilliers, est connu pour des faits de vols aggravés.
"Si on analyse leur casier, on ne peut pas effectivement considérer qu'ils font partie du haut du spectre de la criminalité organisée", a décrypté Laure Beccuau à leur sujet.
Cette dernière a insisté sur l'idée de sortir "d'une image d'une criminalité organisée, type mafieux, avec le patron et tout un tas d'équipes qui gravitent autour de lui parce que ce sont des connaissances". La criminalité organisée peut aussi se nourrir selon elle de "personnes recrutées sur les réseaux sociaux, n'ayant aucun casier judiciaire" et susceptibles de commettre des méfaits graves pour "des sommes qui nous sidèrent", sous-entendus modiques.
• Cinq nouvelles interpellations
Un deuxième coup de filet a eu lieu ce mercredi soir: cette fois, cinq hommes ont été interpellés et placés en garde à vue, dont un également soupçonné de faire partie du "commando du Louvre" et d'avoir été présent sur place lors du casse. Quatre des cinq interpellations ont eu lieu aux abords du stade Jean Bouin, avant le match de football entre le Paris FC et l'Olympique lyonnais. Ce sont des policiers en civil, qui ont procédé aux interpellations, vers 20h30.
L'un des cinq hommes arrêtés "était effectivement un des objectifs des enquêteurs, on l'avait dans le viseur", a précisé la procureure de Paris. Il y a un "ADN le concernant qui le lie de notre point de vue au vol qui a été commis". Selon les informations de BFMTV, il est soupçonné de faire partie du "commando du Louvre" et d'avoir été présent sur place lors du casse. En revanche, les quatre autres représentent des interpellations dites "d'entourage": ils ne sont pas forcément liés aux faits mais ils peuvent aider à l'avancement de l'enquête.
"Ce sont des personnes qui peuvent éventuellement nous renseigner sur le déroulement de ces faits", a éclairé Laure Beccuau, sans vouloir en dire plus sur leur profil.
Elle précise, par ailleurs, que ces cinq nouvelles interpellations "ne sont pas liées aux déclarations" des deux premiers hommes arrêtés mais "à d'autres éléments du dossier".
• Perquisitions, arrestations, auditions... Un "fil d'Ariane"
D'importants moyens sont mobilisés pour tenter de retrouver les coupables du casse du Louvre, "de sa préparation à distance, au commando sur les lieux des faits", assure la procureure de Paris. Une centaine d'enquêteurs sont mobilisés dont la Brigade de répression du banditisme.
"Je dirais comme toute enquête, c'est un peu comme un fil d'Ariane. Au fur et à mesure des auditions, des constatations probatoires, des preuves que l'on trouve sur le lieu des faits, l'enquête rebondit", a-t-elle imagé sur RTL. "De briques en briques, l’enquête se resserre et se poursuit pour identifier tous les protagonistes."
Différents éléments sont exploités dans le cadre de l'enquête. À commencer par les traces ADN, retrouvés sur les lieux du cambriolage. "Nous avons eu l'opportunité de prendre de nombreuses traces parce que les intéressés qui ont voulu incendier le camion nacelle (utilisé pour entrer dans la galerie d'Apollon, NDLR) ont été interrompus par l'arrivée d'une patrouille de police et des surveillants du Louvre", a détaillé la magistrate. Plus de "150 prélèvements de traces" ont été réalisés.
La vidéosurveillance est également exploitée ainsi que les téléphones et "d'autres objets" découverts lors des différentes perquisitions. Les experts en cybercriminalité ont les capacités d'étudier la téléphonie cryptée.
À ce stade, l'enquête ne "permet pas d'affirmer que les malfaiteurs auraient bénéficié d'une complicité au sein du musée", selon la procureure.
L'Office central de lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC) explore par ailleurs tant le marché légal des œuvres d'art qu'"un certain nombre de marchés parallèles". Car ce n'est sans doute pas sur le marché légal des œuvres d'art que surgiront les bijoux.
• Des bijoux qui restent introuvables
Plus de dix jours après les faits, les huit joyaux de la couronne volés n'ont pas encore été retrouvés. Les perquisitions menées ce mercredi dans la soirée et dans la nuit "ne nous ont pas permis de retrouver le butin de ce cambriolage", a souligné la procureure de Paris chez nos confrères.
Cette dernière a réitéré ce jeudi son appel à "restituer" les bijoux dérobés. "Je souhaite dire à ceux qui les détiendraient aujourd'hui que la justice saura tenir compte de l'absence de préjudice de ce cambriolage", a-t-elle déclaré. "La coopération dans l'enquête, on en tient compte pour la peine évidemment", a-t-elle formulé plus explicitement.
Parmi les hypothèses des enquêteurs, il y a celle "que ces bijoux pourraient être une marchandise de blanchiment, voire de négociation dans le milieu de la criminalité organisée". La magistrate rappelle qu'en cas de vente ou d'achat de ces bijoux, la personne impliquée serait "coupable de recel de crime".













