"Mes camarades hurlaient": le témoignage de Manal, victime de coups de couteau au visage à la fac

"J'ai peur tout le temps". Le bras en écharpe, la paupière lézardée par une cicatrice, la vue troublée, Manal, discrète étudiante algérienne de 31 ans, garde encore de lourdes séquelles physiques et psychologiques de la tentative de meurtre dont elle a été victime.
Le 25 janvier dernier, Manal a été poignardée au visage et à la tête par l'un de ses camarades dans une salle de son université parisienne. Son pronostic vital était dans un premier temps engagé, avant que son état ne se stabilise. Quant à son agresseur, Issam S., il a été mis en examen pour tentative d'assassinat et incarcéré dans un établissement psychiatrique.
"Il m'a donné le premier coup dans l'oeil"
Deux mois après son agression, la jeune femme a accepté de témoigner auprès de BFMTV.
"J'ai senti quelqu'un qui est entré derrière moi et qui m'a fait comme ça", se rappelle Manal, mimant le geste de quelqu'un qui lui touche l'épaule pour qu'elle se retourne. "Il m'a donné le premier coup dans l'oeil", poursuit-elle.
Ce premier coup lui déchire la paupière, mais l'agression ne s'arrête pas là. "Il y avait mes camarades qui fuyaient autour de moi, qui hurlaient, il a saisi l'occasion que je criais et que j'étais déséquilibrée pour me donner des coups dans la tête, de partout" se souvient l'étudiante.
"Je l'ai demandé en mariage et elle a refusé"
Grièvement blessée, restée seule face à son agresseur, Manal réussit finalement à stopper les coups en tenant le poignet de son agresseur. L'étudiant de 25 ans originaire de la région parisienne lâche son couteau et prend la fuite, avant de se rendre à des policiers. Lors de sa garde à vue, le jeune homme explique froidement son passage à l'acte.
"J'étais en colère après elle. Parce que je l'ai demandé en mariage hier et qu'elle a refusé. (...) C'est le motif principal de ma colère. Qu'elle ne ressente rien pour moi, pas d'amour", témoigne Issam S.
"Je veux juste me sentir en sécurité"
Cette demande en mariage, faite la veille dans un couloir de la faculté, est arrivée soudainement alors que l'étudiante connaissait très peu ce jeune homme solitaire. Tout juste avaient-ils travaillé ensemble pour un projet informatique en binôme, au sein de la bibliothèque universitaire. Un lien ténu que lui dit avoir pris comme offrant la possibilité d’envisager une relation sérieuse, sans se soucier de l’avis de la jeune femme.
Manal vit désormais avec un sentiment d'insécurité.
"J'ai peur tout le temps, les premiers jours je ne pouvais même pas aller dehors car je croyais qu'il serait toujours dans les parages, à venir me tuer. Je veux juste me sentir en sécurité et réaliser mon rêve d'avoir mon diplôme", explique-t-elle.
Son avocat, Me Dylan Slama, espère aujourd’hui que les expertises psychiatriques permettront de conduire les magistrats à décider que le jeune homme peut être jugé. “Dans le cheminement psychologique qui est le sien, il me paraît essentiel qu'il y ait un procès et une déclaration de culpabilité à la fin" estime-t-il.












