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Le procès d'une mère suspectée d'avoir empoisonné ses deux filles s'ouvre devant la cour d'assises de Mont-de-Marsan

BFM Charlotte Lesage
Entrée de la "salle des assises" de la cour criminelle du Pas-de-Calais, à Saint-Omer. (Photo d'illustration)

Entrée de la "salle des assises" de la cour criminelle du Pas-de-Calais, à Saint-Omer. (Photo d'illustration) - PHILIPPE HUGUEN

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Le procès de Maylis D. s'ouvre ce lundi 24 novembre devant la cour d'assises de Mont-de-Marsan. Elle est accusée d'avoir empoisonné ses deux filles, dont l'une est morte en novembre 2019. La mère de famille pourrait souffrir du syndrôme de Münchhausen par procuration.

Ce lundi 24 novembre s'ouvre devant la cour d'assises de Mont-de-Marsan le procès de Maylis D. Cette mère de famille est jugée pour l'empoisonnement aux médicaments de ses deux filles, dont l'une est morte en novembre 2019, et pour la tentative de meurtre sur le père de ses enfants. Des accusations qu'elle nie depuis le début de l'affaire.

Le 13 novembre 2019, aux alentours de 11h50, les sapeurs-pompiers de Dax sont appelés pour une jeune fille de 18 ans en arrêt cardio-respiratoire à son domicile. À leur arrivée, ils montent l'escalier qui les mène jusqu'à sa chambre, et découvrent Maylis D., sa mère, assise sur le bord de son lit. C'est elle qui les a contactés. Sa fille, Enéa, est allongée en position latérale de sécurité. La jeune fille, inconsciente, convulse et bave. Réanimée, elle est évacuée vers l'hôpital de Dax. Enéa meurt six jours plus tard.

Concentration toxique dans le sang

Ce décès interroge le corps médical qui alerte le procureur de la République. Une enquête en recherche des causes de la mort est ouverte. L'autopsie du corps de la jeune fille ne révèle aucune trace de violence ou de lésion. Les premiers résultats de l'expertise toxicologique, eux, révèlent la présence d'un médicament dans le sang de la défunte: du Propranolol, un bêta-bloquant rarement prescrit à une jeune adulte, et qui, administré à forte dose, peut s'avérer mortel. Or, cette molécule ne figure pas sur la liste des médicaments qu'elle absorbe quotidiennement.

En effet, chaque jour, Enéa reçoit son traitement médicamenteux - neuroleptiques, hypnotiques et coagulants - à domicile. Le matin de sa mort, l’infirmier le lui a apporté comme d'habitude, explique Maylis D. aux policiers venus l'interroger. La mère de famille est toutefois incapable de décrire les pathologies dont souffre sa fille ou bien même de fournir les noms de ses traitements.

Le rapport d'autopsie définitif tombe: le Propranolol, présent en concentration toxique dans le sang d'Enéa, est à l'origine de son décès. La jeune fille, qui présente des marques de scarification sur le bras, s'est-elle suicidée? Interrogée par les enquêteurs, Maylis D. décrit sa fille comme dépressive, mais affirme aussi qu'elle n'était pas suicidaire. Ni lettre, ni médicaments n'ont par ailleurs été découverts a posteriori dans la chambre de la jeune fille. Pas même son téléphone dont elle ne se séparait pourtant jamais.

Quand Enéa est morte, son organisme comportait pas moins de 20 molécules différentes, dont certaines ont été ingérées dans les mois précédents son décès et d'autres n'auraient pas dû être retrouvées dans son organisme. Elle s'était par exemple déjà vu prescrire du Propranolol pour soulager ses migraines, mais sa dernière ordonnance datait d'un an avant sa mort. Pour la justice, la piste du suicide ne tient pas. Au fil de leurs investigations, les enquêteurs accumulent les témoignages en défaveur de Maylis D.

Plusieurs personnes de son entourage dressent le portrait peu flatteur de la mère de famille: "mythomane", "menteuse", "théâtrale", "manipulatrice". Elle pouvait se présenter comme ancienne casque bleu à Sarajevo, professeure à la Sorbonne ou encore veuve d'un mari tué par les Farcs. Au mois d'août 2019, elle confie à une connaissance que sa fille est atteinte d'un cancer et qu'elle prépare son enterrement.

[INÉDIT] Affaire Maylis Daubon: le syndrome de  Münchhausen par procuration, ce trouble qui pourrait être à l'origine de l'empoisonnement de ses deux filles
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Son ancien mari, Yannick Reverdy, est lui aussi entendu. Il revient sur sa rencontre en 2001 avec celle qui deviendra la mère de ses deux filles. Le couple divorce en 2009 après huit années de vie commune à voguer de pays en pays au gré de la carrière de ce grand sportif, ancien handballeur professionnel. Maylis D. l'a accusé de violences sur elle et leurs deux filles. Il dit alors avoir renoncé à ses droits de visite pour les préserver d'un divorce houleux en 2011.

30 médecins

En 2022, Maylis D. est placée en garde à vue puis mise en examen du chef d'empoisonnement sur sa fille aînée. Lors d'une perquisition menée à son domicile, les enquêteurs découvrent, dissimulés dans une boîte de suppositoire, six sachets de Propranolol périmés depuis le mois de juillet 2021. Jusqu'alors, des boîtes et étagères pleines à craquer de médicaments en tout genre avaient bien été découvertes, mais aucune trace du fameux bêta-bloquant. En garde à vue, elle expliquera avoir reçu cette prescription après la mort de sa fille.

La personnalité de Maylis D. est également au centre de ce dossier. Les expertises psychiatriques ont exclu toute anomalie mentale ou psychique. Les psychiatres évoquent néanmoins une possible surprotection maternelle, une surmédicalisation voire une emprise sur ses deux filles, et un possible syndrome de Münchhausen par procuration.

Il s'agit d'un trouble rare qui consiste à simuler une maladie ou à la provoquer. Or, à la lecture de son dossier médical, les enquêteurs découvrent que Enéa a vu 12 médecins en deux ans, 30 tout au long de sa vie.

La juge d'instruction estime que Maylis D. a pu exercer une "soumission chimique" sur sa fille aînée, cette dernière manifestant ses envies de voyages et son désir de reprendre ses études. Pour la justice, Maylis D. a également exercé cette "soumission chimique" sur sa fille cadette, âgée de 16 ans en 2019. De nombreuses substances médicamenteuses ont également été retrouvées dans son organisme. "Les prescriptions médicales n'étaient pas cohérentes avec les molécules relevées par l'analyse toxicologique de ses cheveux", écrit la juge d'instruction.

"Cette petite était très, très mal"

La mère de famille a d'ailleurs reconnu avoir remis volontairement à sa fille cadette du Ziplocane à très faible dose. Or, un taux supérieur à la dose thérapeutique a été découvert dans ses cheveux, ainsi que du Propranolol. Un élément qui, pour la justice, caractérise un empoisonnement. Il apparaît également que Maylis D. a modifié de sa propre initiative les ordonnances de ses filles, allant parfois jusqu'à ajouter des molécules.

Enfin, la justice a également retenu à l'encontre de Maylis D. l'instigation d'assassinat. Placée en détention provisoire depuis sa mise en examen, en 2022, elle est en effet soupçonnée d'avoir tenté d'organiser l'exécution de Yannick Reverdy depuis sa cellule.

Sollicité par BFMTV, Me Gérard Danglade estime qu'il n'existe pas "d'élément qui permet d'avoir l'intime conviction que Maylis D. ait voulu empoisonner sa fille et mis sur pied un stratagème pour que sa fille s'empoisonne". Et de conclure: "cette petite était très, très mal et suicidaire. Pas toujours, mais bien souvent."