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Nanterre: faute d'accord avec la préfecture, le projet d'extension de la mosquée Ibn Badis stagne toujours

BFM Mathias Fleury avec AFP
La grande mosquée Ibn Badis de Nanterre, en avril 2023.

La grande mosquée Ibn Badis de Nanterre, en avril 2023. - Google Maps

La mosquée de Nanterre, trop petite pour accueillir l'ensemble de ses fidèles, doit être agrandie depuis 2019. Mais les locaux que la mairie souhaitait céder à l'institut Ibn Badis font l'objet d'un autre projet porté par la préfecture.

Certains, étonnés, filment avec leur téléphone, d'autres ont prévu une chaise pliante: ce samedi 1er mars s'est formée une longue file d'attente pour la prière du soir devant la mosquée Ibn Badis de Nanterre, dont le projet d'agrandissement vire au bras de fer.

"J'espère pouvoir entrer avant la fin de la deuxième partie de la prière", grelotte une femme de vingt ans qui préfère rester anonyme, en attendant que des places se libèrent à l'intérieur du bâtiment blanc éclairé de lumières vertes.

Une capacité insuffisante

Plus loin dans la queue, Marwa et ses amies savent qu'il faut arriver "le plus tôt possible" car plusieurs fois, elles ont dû rester à la porte et ont manqué l'office.

Alors une fois à l'intérieur, "on se serre au maximum, mais on respire mal et on ne prie pas dans de bonnes condition", soupire l'adolescente.

Samedi, pour le premier jour du Ramadan, l'Institut Ibn Badis, auquel est rattaché la mosquée, a tout fait pour accueillir un maximum de monde: même la cantine de l'école privée, située un étage au-dessus du lieu de culte, s'est muée en salle de prière complémentaire.

Mais "au moins 200 à 300 fidèles sont restés dehors", regrette Rachid Abdouni, le président de l'Institut, en regardant la file s'allonger. Elle s'enroule le long d'un bâtiment voisin, en briques rouges: une ancienne école puis organisme de formations pour adultes (AFPA), vacant depuis 2022 et propriété de la ville de Nanterre.

Pour l'Institut Ibn Badis, ces 2.500 mètres carrés incarnent la possibilité d'agrandir la mosquée et de satisfaire la demande.

Car seulement "deux ou trois ans après l'ouverture" en 2015, les 1.400 places ne suffisaient déjà plus, "on commençait à déborder", se souvient M. Abdouni, en particulier les vendredis et lors du Ramadan.

Un projet d'agrandissement qui stagne depuis 6 ans

Située à Nanterre mais aux confins de Puteaux, Suresnes ou encore Rueil-Malmaison, et à proximité de La Défense, la grande mosquée est attractive.

M. Abdouni avait alors "alerté le préfet de l'époque, qui lui-même a alerté le maire, en lui disant qu'il fallait qu'on trouve une solution d'agrandissement".

Fin 2019, la mairie de Nanterre et l'Institut Ibn Badis ont ainsi signé un protocole d'accord en vue de la vente du bien communal. Or, six ans plus tard, cette opération est toujours au stade de projet.

Prix de vente jugé trop bas, absence d'étude d'impact pour la relocalisation de l'AFPA ou prise en charge du coût de désamiantage... Autant de motifs pour lesquels la justice administrative, saisie à plusieurs reprises par le préfet des Hauts-de-Seine, a annulé chaque délibération du conseil municipal de Nanterre visant la cession du bien à l'Institut Ibn Badis.

"On aimerait bien avoir les clés", presse Abdelmalek, fidèle de 62 ans, le bras tendu vers le bâtiment en briques, déplorant ce qu'il estime être un "recul de la préfecture" sur le projet d'agrandissement du lieu de culte.

"C'est important pour notre ville et notre sécurité", ponctue ce Nanterrien.

Dans un courrier du 7 février, le nouveau préfet du département, Alexandre Brugère, a demandé au maire de Nanterre, Raphaël Adam, de "reconsidérer" le projet d'extension de la mosquée, estimant que la ville "ne souffre d'aucune sous-capacité en matière d'accueil des fidèles musulmans".

L'Etat souhaite créer un Epide

Le représentant de l'État, auparavant directeur de cabinet de Gérald Darmanin au ministère de l'Intérieur, informe l'édile qu'il a été mandaté par la ministre de Travail pour racheter le bâtiment communal afin d'y installer un centre "Epide", qui oeuvre pour l'insertion de jeunes vers l'emploi.

"Nous accueillons positivement cette initiative, malgré son caractère quelque peu précipité", a répondu M. Adam lors du conseil municipal du 10 février, précisant avoir commencé à chercher des locaux pour accueillir un Epide, tout en maintenant le projet de cession du bien communal convoité à l'Institut Ibn Badis.

Une nouvelle délibération a donc été prise en ce sens le 10 février. Conformément au code des collectivités territoriales, le préfet dispose de deux mois s'il veut effectuer un recours devant la justice.

Sollicitée par l'AFP, la mairie de Nanterre ne souhaite pas communiquer, dans l'attente d'un recours ou non du préfet. La préfecture des Hauts-de-Seine, elle, a pour le moment renvoyé à son courrier de février.