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"On n'a rien", "on veut de l'eau!" : Macron interpellé par des habitants désespérés dès son arrivée à Mayotte

BFM François Blanchard avec AFP
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Emmanuel Macron a été confronté dès sa descente de l'avion à la détresse des habitants de Mayotte, dont l'archipel a été dévasté par le cyclone Chido.

"S'il vous plaît, ne partez pas trop vite! Donnez des aides!": dès son arrivée ce jeudi 19 décembre au matin à Mayotte, cinq jours après le passage dévastateur du cyclone Chido, Emmanuel Macron a été interpellé par des habitants meurtris et désespérés de l'archipel français de l'océan Indien.

"Restez une semaine! Passez par tous les coins. Mayotte, y a rien qui reste. Tout est parti", le supplie en larmes Assane Halo, employée à la sûreté de l'aéroport de Petite-Terre où le chef de l'État a atterri.

"On n'a rien"

"On n'a rien. Pas d'eau. Rien pour s'abriter (...) On ne peut payer qu'en liquide, qu'est-ce qu'on va manger?", demande-t-elle, pointant aussi l'urgence de rétablir l'électricité et l'approvisionnement en essence.

"Donnez des aides. Des solutions mais des solutions qui aboutissent", le prie-t-elle encore. "Nos maisons sont détruites. Nos enfants sont traumatisés, on a besoin que les assurances jouent le jeu", insiste Mme Halo.

"Tout se fera, étape par étape", lui promet Emmanuel Macron, qui va finalement rester jusqu'à vendredi sur l'archipel.

Le président est ensuite monté dans un hélicoptère de la gendarmerie pour se rendre compte de l'étendue de la dévastation dans le 101e et plus pauvre département français. Environ un tiers de la population, soit plus de 100.000 habitants, notamment des immigrés en situation irrégulière venant des Comores voisines, vivent dans des logements précaires, dont la plupart ont été pulvérisés par le cyclone.

Au même moment, le convoi présidentiel qui quittait l'aéroport était hué en passant devant une station-essence où s'était formée une très longue file d'attente.

"On veut de l'eau"

Selon des chiffres provisoires, 31 morts et quelque 1.400 blessés ont été officiellement recensés, mais les autorités craignent un bilan beaucoup plus lourd. Le préfet a donc diligenté "une mission de recherche des morts", selon le ministère de l'Intérieur qui souligne que "70% des habitants ont été gravement touchés".

Après la reconnaissance aérienne, Emmanuel Macron s'est rendu au centre hospitalier de Mamoudzou (CHM), où les vitres ont été soufflées, des services inondés et du matériel détruit. "On veut de l'eau !", l'interpelle un agent hospitalier.

"Monsieur le président, on est tous insécurisés. Les gens se battent pour avoir un peu d'eau. Les avions militaires sont pas arrivés ici", renchérit une femme.

Le chef de l'État, qui a revêtu un foulard mahorais, échange avec eux. "Je vais voir s'il faut envoyer plus de gens" pour acheminer de l'eau, dit-il. "La téléphonie va être rétablie dans les prochains jours" pour permettre notamment de recenser les disparus, ajoute-t-il concédant que "beaucoup" n'ont pas encore pu l'être.

"L'eau n'y est pas, aucun service n'est là, après six jours c'est normal?", lui a lancé un Mahorais en colère.

"Des charniers à ciel ouvert"

Dans les zones sinistrées où les secours n'ont pas encore pénétré, "on est face à des charniers à ciel ouverts. Il n'y a pas de sauveteurs. Personne n'est venu récupérer les corps ensevelis", alerte encore la députée (Liot) Estelle Youssouffa face au chef de l'État.

"En grande partie une population clandestine est ensevelie sous les décombres, sous les tôles (...) le sénateur (de Mayotte) Omar Oili dit que les corps étaient en putréfaction, on sentait les odeurs monter à la Vigie (un quartier à Petite-Terre, NDLR), ajoute-t-elle.

"Dans les bidonvilles, des corps sont enterrés directement (...) dans des fosses communes", assure un homme lors d'un échange avec les personnels de santé.

Emmanuel Macron a annoncé se rendre ce jeudi après-midi dans les quartiers les plus précaires de l'archipel.

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"État de calamité naturelle exceptionnelle"

Le ministère des Outre-mer a annoncé mercredi soir l'activation de "l'état de calamité naturelle exceptionnelle", censé "permettre une gestion plus rapide et efficace de la crise et faciliter la mise en place de mesures d'urgence".

"On se concentre aussi sur les outils juridiques pour permettre la plus grande efficacité possible de l'État. Ça passera par des mesures législatives d'urgence pour être efficace immédiatement et reconstruire Mayotte", ajoute le ministre, dans l'attente des annonces présidentielles.

L'aide a commencé à parvenir dans l'archipel, où les défis de l'approvisionnement sont immenses. Un "pont maritime" a notamment été mis en place depuis l'île voisine de la Réunion, avec un premier départ de quelque 200 conteneurs attendus dimanche sur l'archipel.

Un hôpital de campagne avec une centaine de lits médicalisés sera mis sur pied dans les prochains jours, a par ailleurs annoncé François-Noël Buffet, ministre démissionnaire des Outre-mer.

Face à la pénurie généralisée qui sévit, le gouvernement a publié un décret pour bloquer les prix des produits de grande consommation dans l'archipel à leurs niveaux du 13 décembre, juste avant le cyclone.