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Meurtre d'Alban Gervaise: trois ans après, son épouse questionne la possible irresponsabilité pénale du suspect

BFM Marseille Cindy Chevaux avec Mélanie Hennebique
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Près de trois ans après le meurtre du médecin militaire Alban Gervaise survenu en mai 2022, son épouse Christelle Gervaise prend la parole auprès de BFM Marseille Provence. Elle craint que le suspect principal soit jugé irresponsable pénalement de ses actes et espère voir la loi évoluer.

Trois ans après le meurtre de son époux, le médecin militaire Alban Gervaise, Christelle Gervaise prend la parole. Auprès de BFM Marseille Provence, la mère de famille s'est exprimée sur l'affaire ce vendredi 11 avril, inquiète que le principal suspect soit déclaré irresponsable pénalement.

Si la justice retient l'irresponsabilité pénale du mis en cause, ce dernier ne peut donc pas faire l'objet d'une sanction pénale, et ainsi être condamné à de la prison. L'homme pourrait plutôt bénéficier de soins et être placé dans un établissement psychiatrique, "réservé aux délinquants qui représentent un danger pour eux-mêmes ou pour la collectivité", selon le site du Sénat.

"C'est difficile, car l'instruction dure depuis bientôt trois ans. Je suis forcément ébranlée, déjà parce que je vais 'rencontrer' pour la première fois celui qui a tué Alban, et car ça réactive beaucoup de choses qu'on a pu apprendre sur ce qu'il a subi", explique Christelle.

Le 10 mai 2022, Alban Gervaise, 41 ans, venait récupérer ses enfants à la sortie de l'école Sévigné, dans le 13e arrondissement de Marseille, lorsqu'il a été violemment attaqué par un homme souffrant de troubles psychiatriques.

Malgré l'aide des passants et les soins reçus à l'hôpital, le père de famille est mort deux semaines plus tard, le 26 mai.

Le poids de la peur et de l'anxiété

Alors qu'elle s'apprête à passer devant la chambre de l'instruction, Christelle pointe l'inconnue autour de la durée des soins qui seront appliqués au mis en cause. Pour elle, c'est la porte ouverte à un quotidien rongé par l'inquiétude.

"Comment je vais pouvoir vivre avec ça, en me disant qu'il est dehors et en me demandant s'il va récidiver?", déplore Christelle, qui a rejoint une cellule d'urgence médico-psychologique.

"Je vais avoir peur de voir son nom dans les journaux et de savoir qu'une autre famille est brisée comme la nôtre", dit-elle

Le sujet a longtemps été épargné pour préserver ses enfants, "car ce serait trop anxiogène pour eux", doublé d'un sentiment d'injustice. Elle poursuit: "Comment expliquer à un enfant si jeune qu'on a tué son papa que cette personne n'est pas punie?".

"Il restera toujours des doutes"

Aujourd'hui, Christelle peine à composer avec une décision de justice déresponsabilisant l'homme qui a attaqué son époux. "Pour moi, il restera toujours des doutes sur le caractère réel de son trouble psychiatrique puisqu'il a été apte à la garde à vue", indique-t-elle, précisant qu'elle reste également perplexe vis-à-vis de la chronologie des faits.

À la suite de l'attaque, la mère de famille raconte qu'un médecin a déclaré par écrit qu'il n'existait pas d'argument pour une pathologie psychiatrique, mais plusieurs experts psychiatres ont ensuite conclu l'inverse.

Le diagnostic est donc jugé bancal à ses yeux, et elle dénonce les rendez-vous organisés entre les experts et les patients "des mois après l'agression".

"Si pendant la garde à vue on m'avait dit qu'il était délirant, qu'on doit le transférer en psychiatrie, je pense que je n'en serais pas là aujourd'hui, il y aurait plus de cohérence dans cette décision", considère la mère de famille.

Une loi jugée "inadaptée"

L'épouse d'Alban Gervaise estime que la loi permettant l'irresponsabilité pénale avec ce type de procédure n'est pas adaptée. D'après elle, cet état juridique apparaît souvent avec des passages à l'acte et des récidives. Elle souhaite voir le code pénal changer.

"J'espère que sur le plan politique il y aura des décisions prises pour faire évoluer cette procédure telle qu'elle existe aujourd'hui, à la fois pour sécuriser la société et pour l'accompagnement des familles des victimes", confie-t-elle.

Avec ses trois enfants, Christelle essaie désormais "d'avoir une vie la plus normale possible" et "de se reconstruire". En novembre 2022, six mois après la mort d'Alban Gervaise, une cérémonie solennelle avait été organisée pour lui rendre hommage, en présence de la préfète de police et du maire de Marseille, Benoît Payan. L'un de ses meilleurs amis avait alors déclaré: "Ce n'était pas qu'un fait-divers de plus".