Marseille: un ex-policier marchand de sommeil condamné à cinq ans de prison dont quatre ans fermes

La balance de la Justice (illustration) - LOIC VENANCE / AFP
Accusé d'avoir "industrialisé" la location de taudis, Gérard Gallas, ex-policier devenu marchand de sommeil, a été condamné à cinq ans de prison dont quatre ans ferme ce mercredi 24 janvier, à l'issue d'un procès emblématique de la gangrène de l'habitat indigne à Marseille.
Pour son "homme de main", Ali Faissoili Aliani, absent durant tout le procès en novembre, lors duquel il avait été présenté comme un "factotum zélé qui n'hésitait pas à faire le coup de poing contre les mauvais payeurs", le tribunal correctionnel de Marseille a prononcé une peine de quatre ans de prison ferme avec mandat d'arrêt.
Dizaines de milliers d'euros d'amendes
Les deux hommes ont également été condamnés à de lourdes amendes, de 75.000 euros pour l'ancien policier au centre de rétention administrative de Marseille et de 45.000 euros pour son ancien bras droit.
Le tribunal a également eu la main lourde au niveau des peines complémentaires, avec la confiscation définitive de deux immeubles détenus par le prévenu via des sociétés civiles immobilières (SCI), la confiscation de 220.000 euros saisis sur une assurance-vie à son nom, et 300.000 euros de dommages et intérêts au total pour les nombreuses parties civiles, dont la ville de Marseille.
Dans son jugement, le tribunal a estimé que Gérard Gallas avait soumis des personnes vulnérables à "des conditions de vie effroyables, dans des espaces confinés et insalubres, avec des risques majeurs pour leur santé et leur sécurité".
"La qualité d'ancien policier de Gérard Gallas, connue d'un grand nombre de locataires, n'est pas anodine", a asséné le tribunal dans son délibéré.
À l'audience, les victimes avaient dit leur "peur" de l'ancien policier, qui les "menaçait" et se disait "copain avec le commissaire" de quartier, tout en expliquant n'avoir "nulle par ailleurs où aller".
"Mégalomane cupide", Gérard Gallas avait "industrialisé" la location de taudis, avait accusé le parquet dans son réquisitoire à l'automne, en demandant quatre ans de prison ferme contre l'ancien policier, une peine plus douce donc que celle décidée finalement par le tribunal.
L'ancien policier, qui "visait une rentabilité locative maximale", "exploitait sans scrupule la misère d'autrui", a asséné le président du tribunal Pascal Gand.
"Des cafards et des scorpions"
Dénonçant la "stratégie délibérée" mise en oeuvre par l'ancien policier entre 2019 et 2021, le procureur avait souligné "le choix délibéré" du prévenu "d'acheter des immeubles à bas prix dans des quartiers pauvres et de cibler des locataires vulnérables": "On n'est pas dans une infraction d'ordre administratif, mais dans une infraction pénale : l'atteinte à la dignité humaine", avait insisté le magistrat.
En tout, en son nom propre ou via ses SCI, Gérard Gallas, 50 ans, possédait une centaine d'appartements dans une dizaine d'immeubles à Marseille. Mais ce procès ne concernait que les appartements dans quatre de ces bâtiments. Ces 72 logements, parfois aménagés dans des caves, étaient loués jusqu'à 600 euros, essentiellement à des étrangers en situation précaire, avec souvent des enfants mineurs.
"On avait l'eau et l'électricité, mais pas tout le temps", et "il y avait des cafards et des scorpions", avait raconté à l'AFP une des victimes, Peter Destiny, 26 ans, arrivé du Nigeria à Marseille en 2019, dont la fille, Success, était née en 2020, en montrant des photos sur son téléphone.
"Décision historique"
"C'est une grande satisfaction pour toutes les victimes. Ce sont des personnes invisibles qui ont gagné en visibilité, malgré leur statut d'étrangers en situation irrégulière", a réagi Maître Aurélien Leroux, avocat de plusieurs locataires et de deux associations marseillaises, Réseau Hospitalité et Un centre-ville pour tous.
"C'est la peine la plus lourde jamais prononcée contre un marchand de sommeil à Marseille", ville gangrénée par l'habitat indigne, avec 40.000 taudis, soit 10% du parc immobilier, et "cette décision s'inscrit dans un ras-le-bol à Marseille et en France", a ajouté l'avocat, rappelant que ce verdict survient quelques heures seulement après l'adoption à l'Assemblée nationale d'un projet de loi contre "l'habitat dégradé" qui prévoit de nouveaux outils pour lutter contre les marchands de sommeil.
"Cette décision historique marquera la lutte contre les marchands de sommeil qui pourrissent notre ville", s'est également félicité Me Jorge Mendes, avocat de la Ville qui s'était constituée partie civile.
Même satisfaction du côté des associations parties civiles, qui ont salué un procès "exemplaire". "C'est un verdict qui montre que ces gens qui exploitent la misère humaine ne resteront pas impunis", a souligné Margot Bonis, de Réseau Hospitalité.













