Marseille: comment la préfète de police Frédérique Camilleri a donné naissance à son concept de "pilonnage"

Avant de partir pour l'Essonne, la préfète de police des Bouches-du-Rhône laisse en héritage son concept de "pilonnage". Si cette méthode utilisée pour lutter contre les trafics de stupéfiants n'était pas nouvelle, Frédérique Camilleri l'a largement popularisée avec un nom "qui marque". Au point d'être repris par le président de la République.
Dans les colonnes de La Provence, la représentante de l'État est revenue sur l'origine de cette idée. La patronne de la police marseillaise confie s'être rendue "le soir de [son] arrivée" au sein de la division Nord de la cité phocéenne pour aller "dans les cités" et à la rencontre des policiers".
"Cette idée d'écraser"
"Je voulais (...) m'appuyer sur leur ressenti de ce qui marche et de ce qui marche moins", poursuit-elle. "Selon eux, il fallait être présent de façon répétée, mais avec une stratégie d'interpellation, pas seulement de présence", explique Frédérique Camilleri.
"Avant, on parlait de harcèlement, mais on ne peut pas donner le nom d'une infraction pénale à une stratégie policière. Il y a cette idée 'd'écraser', de porter des coups répétés", explique la préfète auprès de nos confrères.
Née à Beyrouth en 1984 et se décrivant de "culture orientale", Frédérique Camilleri dit alors en riant avoir trouvé l'idée "dans (sa) cuisine" où le "pilon est un instrument très présent".
Depuis son arrivée en 2020 à Marseille, de nombreux moyens ont ainsi été alloués à ce genre de dispositifs.
Des règlements de comptes toujours nombreux
A l'annonce du prochain départ de la préfète, son action a été saluée par plusieurs acteurs. Aussi bien les syndicats de police que du côté politique.
"C'est une préfète qui s'est beaucoup engagée, qui a su créer la fameuse stratégie du pilonnage, qui a été vantée au niveau national", soulignait début février sur BFM Marseille Provence, le député des Bouches-du-Rhône Lionel Royer-Perreaut.
Néanmoins, malgré malgré cette action saluée, la violence et les règlements de comptes ont continué. L'an dernier, 47 personnes ont été abattues sur fond de concurrence entre vendeurs de stupéfiants en 2023, soit 14 de plus que l'année précédente.
"C'est un sujet difficile, mais on peut raisonner par l'absurde: que se passe-t-il si on ne fait rien? Si on met les policiers sur d'autres priorités? On abandonne 300.000 habitants des quartiers Nord? On leur dit 'Vous ne faites pas partie de la même République, donc on va laisser les dealers faire la loi chez vous?'", balaie la préfète de police.
Elle poursuit: "Bien sûr que la lutte contre les trafics mobilise beaucoup de moyens, mais c'est un choix assumé. Pour que chacun ait les mêmes droits et pour que des organisations criminelles ne viennent pas contester le pouvoir de l'État".
Frédérique Camilleri a été nommée le mercredi 7 février comme préfète de l'Essonne. Pierre-Edouard Colliex sera nommé à sa place comme préfet de police des Bouches-du-Rhône. Il était, depuis 2022, conseiller police auprès du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin.













