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Décines-Charpieu: menacé de perdre ses subventions, le groupe scolaire privé musulman Al-Kindi se défend

BFM Lyon Lauriane Pelao, avec Juliette Moreau Alvarez
Le hall du collège-lycée du groupe scolaire privé et musulman Al-Kindi à Décines-Charpieu (Rhône), le 29 août 2006.

Le hall du collège-lycée du groupe scolaire privé et musulman Al-Kindi à Décines-Charpieu (Rhône), le 29 août 2006. - MARTIN BUREAU / AFP

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Les avocats et la direction du groupe scolaire privé musulman Al-Kindi sont revenus ce vendredi sur ce qui est reproché à l'établissement et ont demandé un traitement équitable entre les écoles musulmanes et les autres.

"Une vraie violence pour les musulmans." Seul établissement privé musulman encore sous contrat d'association avec l'État, le groupe scolaire Al-Kindi de Décines-Charpieu est aujourd'hui menacé de perdre son statut et donc ses subventions. Une situation qui pourrait même entraîner sa fermeture, selon l'établissement. Dans une conférence de presse organisée ce vendredi 6 décembre, le groupe scolaire et ses avocats ont plaidé leur cause.

Point par point, ils on tenu à répondre à ce qui leur était reproché. Notamment, plusieurs livres jugés "problématiques" qui ont été retrouvés au sein du CDI de l'établissement. Ces quatre ouvrages ont été "retirés du CDI" assure la direction.

"Ces ouvrages-là étaient déjà présents dans le CDI au moment des précédents contrôles, qui ont toujours donné des conclusions favorables à l'établissement Al-Kindi", note toutefois Maître Sefen Guez Guez, avocat au barreau de Nice représentant le groupe scolaire.

Un professeur mis à pied

Un professeur, accusé d'avoir tenu des propos problématiques, a été quant à lui "mis à pied". L'enseignant et youtubeur aurait pris la défense sur sa chaîne Youtube d'imams expulsés notamment celle de Luqman Haider, qui officiait à la mosquée Quba dans le Val-d'Oise, a-t-on appris de sources proches du dossier.

Une enquête interne est en cours pour déterminer s'il a tenu ces mêmes propos lors des cours. "Il n'est rien reproché dans son cours au sein de l'établissement ni dans les productions qui sont faites par les élèves", souligne Sefen Guez Guez.

La préfecture reproche également à l'établissement de placer les cours de religion en milieu de journée, alors qu'il s'agit d'une option facultative qui devrait donc être insérée au tout début ou toute fin de journée dans les plannings. Selon l'équipe, ils sont bien en règle car le contrat d'inscription et le règlement intérieur précisent qu'ils peuvent également être prévus le midi.

Des activités sur les fêtes religieuses sont également évoquées. "On reproche à un établissement musulman de faire réaliser des cartes de vœux pour l'Aïd, on en est où?", s'insurge Maître Guez Guez. "Que reste-il en France de la liberté de conscience, de la liberté d'association et de la liberté éducative, si on estime que le simple fait de réaliser et de souhaiter un bon Aïd à des enfants dans le cadre de travaux manuels, ça représente du séparatisme?"

Un manque d'équité pointé du doigt

Les soutiens du groupe scolaire Al-Kindi appellent aujourd'hui à un "traitement équitable" des établissements privés et dénoncent un acharnement depuis plusieurs mois à l'encontre des écoles musulmanes, à l'instar du collège Avicenne de Nice ou du lycée Averroès de Lille.

"Ce deux poids, deux mesures, qui cible injustement les établissements musulmans, doit cesser. Qu'en est-il du lycée Stanislas?", écrit Idir Boumertit, député LFI-NFP de la 14e circonscription du Rhône.

Les avocats du groupe scolaire ont également fait le parallèle avec le lycée privé catholique Stanislas. "Pourquoi on n'a pas cette possibilité d'accompagnement, pourquoi on n'a pas le droit à une égalité de traitement avec les autres réseaux d'enseignement confessionnel? La réponse est toute trouvée, visiblement c'est le caractère musulman qui pose problème et on trouve cela scandaleux", avance Maître Guez Guez.

"Ce que l'on souhaite, c'est un traitement équitable, et nous avons le sentiment que ce traitement équitable n'existe pas."

Une réunion prévue jeudi

Dans cette optique, les avocats d'Al-Kindi balayent les accusations de sexisme, notamment sur l'inscription dans le règlement intérieur de tenues pour les écolières, collégiennes et lycéennes. "On a regardé les règlements intérieurs d'autres établissements notamment catholiques, et on s'est rendu compte que certains faisaient beaucoup de distinction sur certaines règles qui s'appliquait aux élèves filles et aux garçons donc en fait on a regardé un peu ce qui a été fait ailleurs, ce qui était admis et on l'a pris", assure Maître Hakim Chergui, cofondateur du groupe scolaire et avocat le représentant.

Dans l'établissement privé, "plus de 50% des élèves sont boursiers", tient à souligner sa direction. Préserver le groupe scolaire, qui par ailleurs est classé parmi les meilleurs de la région, relève donc également d'un enjeu social, se défend-elle.

Une réunion de la commission académique de concertation est prévue jeudi 12 décembre pour statuer sur la décision et la possible fin de son contrat d'association.