Mali: l'impossible départ des troupes françaises

Des soldats français patrouillent entre Tombouctou et Gao, le 30 octobre, au cours de l'opération Hydre. - -
La mort de deux journalistes français, tués samedi, à Kidal, dans le nord du Mali, a remis au premier plan la question de la présence française sur place, engagée il y a presque dix mois. Cet assassinat pointe une réalité: il reste, dans le nord du pays, une zone de non-droit, dominée par la ville de Kidal, où les groupes jihadistes continuent de semer le trouble. Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a d'ailleurs annoncé mardi le déploiement de 150 soldats supplémentaires sur cette zone. L'occasion de faire le point, en chiffres, sur la présence française sur place, et ses missions.
> Combien de soldats français sont actuellement au Mali?
Environ 3.000 soldats français sont aujourd'hui déployés au Mali. Au plus fort des combats de l'opération Serval, lancée le 11 janvier 2013, 4.500 soldats étaient engagés sur le terrain. Essentiellement basés sur les régions de la capitale Bamako, où ils sont environ un millier, et de Gao, ville-phare de la boucle du Niger reprise aux islamistes le 25 janvier et où ils sont près de 1.500, les soldats français sont en effectif bien moindre dans les zones situées à l'extrême nord du pays.
Ainsi, du côté de Kidal, libérée le 30 janvier et où les deux journalistes français de RFI ont été tués, seuls 200 soldats étaient stationnés à l'aéroport. Avec le déploiement, le 3 novembre, de 150 hommes supplémentaires venus de Gao -un déploiement "ponctuel" annoncé mardi par Laurent Fabius- un total de 350 soldats assure donc la sécurisation de ce fief des insurgés touaregs, où les groupes jihadistes continuent de semer le trouble.
> Pour quelles missions?
Paris a fixé comme priorité absolue la sécurisation du scrutin des élections législatives, dont le premier tour doit avoir lieu le 24 novembre. Selon le ministère de la Défense, cette sécurisation est confiée aux forces maliennes, appuyées par les forces de la Minusma, la mission des Nations unies au Mali, elle-même appuyée "en fonction de ses besoins" par la force Serval.
Mais cette mission d'appui est doublée d'un objectif de sécurisation du nord du Mali contre les groupes terroristes, et notamment de la région de Kidal, devenue zone de non-droit, émaillée de violence entre les rebelles touaregs et l'armée malienne, et où les attaques islamistes se multiplient. Et ce malgré la présence de troupes maliennes et étrangères (500 hommes au total).

Parallèlement à ces objectifs globaux, la force Serval participe à un certain nombre d'opérations ponctuelles, visant à repousser les groupes jihadistes et à poursuivre le contrôle des axes entre les villes. Dernière en date, l'opération Hydre, menée du 20 octobre au 3 novembre, au cours de laquelle 1.500 soldats français, maliens et onusiens ont été déployés au nord et au sud de la boucle du Niger afin de contrer un retour en force des mouvements terroristes, après une série d'attaques. Mi-septembre, l'opération Constrictor avait été menée au nord de Gao, toujours dans le but d'affaiblir des éléments terroristes résistants.
> Pour combien de temps?
Paris avait prévu de réduire ses effectifs militaires au Mali à 2.000 hommes avant la fin de l'année 2013, puisque l'objectif initial était d'accompagner le cycle des élections législatives, qui se dérouleront dans les prochaines semaines. La force française devait ensuite être ramenée à 1.000 hommes d'ici la fin du mois de janvier 2014. Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian avait d'ailleurs annoncé que ce millier de soldats resterait dans le pays "pour une durée plus longue".
Mais l'assassinat des deux journalistes français, révélateur du retour de l'instabilité dans le nord du pays, rebat les cartes. Et bien que Paris assure vouloir respecter ses objectifs initiaux, dans les faits, plus d'un millier de soldats devraient être maintenus sur place au-delà de janvier 2014, pour continuer à assurer la sécurisation du territoire. Toutefois, après l'avoir évoquée à demi-mot, le gouvernement a rejeté l'idée de l'envoi de renforts, évoquant tout au mieux, une reconfiguration du dispositif en présence sur le territoire. Dont acte, à Kidal, ces dernières heures.

Par ailleurs, les forces françaises pâtissent de la faiblesse de la Minusma, censée prendre le relai sur le terrain. Cette mission, composée pour l'essentiel de contingents africains, compte à l'heure actuelle 6.300 hommes, alors même qu'elle devait être portée à 12.000 soldats fin 2013. En retard et sous-équipée, tout comme l'armée malienne, la mission onusienne n'est pas encore en mesure d'assurer, seule, la gestion du territoire.
Autrement dit, le départ précipité des troupes françaises serait la garantie d'un retour des groupes jihadistes dans les villes libérées au début de l'année. "L'opération française au Mali est un succès, mais le traitement politique, global, économique, sécuritaire, du jihadisme dans la zone, ne se compte pas en années mais en décennies", estimait, à ce sujet, l'expert en stratégie militaire Pierre Servent, invité de BFMTV lundi soir.











