Une propagation serait "dévastatrice": dans les Landes, une lutte tous azimuts contre le nématode du pin est lancée
Un agent de la DRAAF effectuant un prélèvement sur un pin à Seignosse, dans les Landes, le 5 novembre 2025. - PHILIPPE LOPEZ / AFP
Détecté pour la première fois sur le continent européen à la fin du siècle dernier, le nématode du pin était jusqu'à présent cantonné à la péninsule ibérique. La présence sur le sol français de ce petit ver d'environ 1 mm de long ravageant les résineux ne fait désormais plus aucun doute: au début du mois, un premier foyer a été identifié à Seignosse, dans les Landes. Une très mauvaise nouvelle pour la filière sylvicole qui emploie 6.000 personnes dans le département, où l'enrayement de la dispersion du nématode du pin est devenu un enjeu majeur.
Pour les acteurs du secteur comme pour les spécialistes du Bursaphelenchus xylophilus, l'apparition du nématode du pin au cœur de la forêt landaise n'a pas constitué une surprise en soi. "Pour nous, il y avait une grande probabilité que cela arrive. La question, c'était 'quand?'", résume auprès de BFMTV Christelle Robinet, directrice de recherche à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae).
Il faut dire qu'avec sa superficie d'un million d'hectares composés aux trois quarts de pins maritimes et la présence en abondance d'un insecte vecteur, le monochamus galloprovincialis, la forêt des Landes constitue un terrain de jeu idéal pour le nématode du pin. S'il est inoffensif pour les êtres humains et les animaux, il est capable de tuer un conifère en l'espace de quelques semaines.
Le transport de bois contaminé, piste "très probable"
"L'insecte transmet principalement le nématode lorsqu'il se nourrit, généralement en haut des pins, et le nématode va progressivement descendre dans le tronc", détaille Christelle Robinet. "L'été, quand les températures sont très élevées, le ver va pouvoir se reproduire très rapidement et bloquer la sève de l'arbre. C'est ce qui va le faire dépérir."
Les insectes vecteurs peuvent transmettre les nématodes jusqu'à dix semaines après leur émergence. Comme a pu le montrer la directrice de recherche de l'Inrae avec des travaux de modélisation menés conjointement avec des chercheurs bordelais, au bout de cette période, le nématode "peut se propager en moyenne sur neuf kilomètres dans le cas d'une forêt de pins continue", remarque Christelle Robinet.
Pour l'heure, l'origine du foyer détecté n'est toujours pas connue avec certitude.
Il est cependant "très probable que le nématode soit arrivé en France par le transport d'un bois contaminé car les foyers du nématode du pin connus jusqu'à ce jour dans la péninsule ibérique sont relativement loin du foyer de Seignosse.", avance Christelle Robinet.
Des restrictions dans un rayon de 20 kilomètres
Quelle que soit l'explication derrière l'apparition du ver en France, sa propagation serait "dévastatrice", reconnaissait la semaine dernière Anne Guivarc'h, directrice générale de la Fédération des industries du bois de Nouvelle-Aquitaine (Fibna) interrogée par l'AFP. Priorité est donc donnée aux mesures pour éradiquer le nématode du pin ou, a minima, pour empêcher sa propagation.
Dans cette optique, un premier arrêté signé le 4 novembre par le préfet de la région Nouvelle-Aquitaine, Étienne Guyot, a abouti à la création de deux zones. La première, dite zone infestée, comprend quatre communes dans un rayon de 500 mètres autour du foyer. La seconde, la zone tampon, s'étendant sur 20 kilomètres autour de la zone infestée et concernant une cinquantaine de communes des Landes et des Pyrénées-Atlantiques, englobe 36.000 hectares de forêt.

Selon un deuxième arrêté signé samedi par le préfet de région, tous les "végétaux sensibles" situés dans la zone infestée "doivent être abattus avant le 31 décembre 2025". "Cela représente 60 hectares dans lesquels on a identifié des arbres résineux. Il y a à la fois des parcelles forestières et des zones qui appartiennent à des particuliers", a précisé Virginie Alavoine, directrice de la DRAAF (Direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt) Nouvelle-Aquitaine, lors d'une conférence de presse organisée lundi à Mont-de-Marsan. Au total, une vingtaine de propriétaires sont concernés.
Sauf conditions spécifiques, interdiction est également faite dans la zone infestée comme dans la zone tampon à la circulation et à la sortie des bois et écorces des espèces de résineux sensibles. En revanche, les résineux provenant de l'extérieur de ces zones peuvent y entrer, ce qui inclut les sapins de Noël.
"Il n'y a pas de difficulté pour faire entrer des sapins de l'extérieur de la zone vers l'intérieur de la zone, ni pour les faire circuler au sein de la zone", a expliqué Virginie Alavoine. "En revanche, on veillera après Noël à organiser une collecte dédiée des sapins afin qu'ils soient acheminés, broyés et ensuite brûlés dans des conditions sécurisées."
Un dispositif d'activité partielle mis en place
Quant aux travaux d'exploitation forestière concernant les résineux, allant de la coupe à l'élagage en passant par le débardage et la taille, ils sont maintenant soumis à l'autorisation de la DRAAF. Dans le premier arrêté du préfet de Nouvelle-Aquitaine, ces travaux étaient purement et simplement proscrits.
D'après Antoine d'Amécourt, président de la Fédération des syndicats de forestiers privés (Fransylva), les restrictions initiales avaient rapidement eu pour conséquence de pousser des entreprises à stopper leur activité, au moins temporairement. "Il y a deux scieries qui sont dans le secteur, qui, elles, sont très contraintes, puisqu'elles ne peuvent plus travailler, là, pour l'instant", expliquait-il le 6 novembre sur RTL. "Il va y avoir du chômage technique surtout pour les exploitants, tous les gens qui font des travaux en forêt, les pépinières…"
Afin de soutenir le tissu d'acteur de la sylviculture mise en difficulté par ces mesures de prévention, les entreprises obligées de "suspendre ou réduire leur activité (...) pourront bénéficier du dispositif d’activité partielle" pour le motif "circonstances exceptionnelles", souligne la préfecture de la région Nouvelle-Aquitaine. Seule condition: effectuer cette demande en ligne dans les 30 jours suivant le début du placement des salariés en activité partielle.
Plus largement, et comme cela est prévu dans le cas de la découverte d'un organisme de quarantaine sur le sol français, l'État "peut prendre en charges les coûts afférents, y compris les coûts des mesures de lutte", a souligné ce mardi le ministère de l'Agriculture à BFMTV.com. "Les services compétents du ministère chargé de l'agriculture travaillent à établir le plus rapidement possible la nature de ces coûts et le budget nécessaire pour leur prise en charge" et "un arrêté conjoint des ministres chargés de l'agriculture et de l'économie sera publié" sur ce point.
L'hibernation de l'insecte vecteur, une bonne nouvelle
Dans ce combat mené contre le nématode du pin et contre la montre, les autorités mettent aussi l'accent sur la surveillance du secteur délimité pour détecter les pins atteints. Les particuliers comme les professionnels sont également appelés à signaler toute suspicion de présence du ver en remplissant un formulaire sur le site internet de la DRAAF.
Celle-ci a par ailleurs effectué 495 prélèvements en deux semaines et aucun "autre foyer de nématode du pin (n'a été détecté) à ce jour", a indiqué le ministère de l'Agriculture. L'analyse nécessite toutefois "trois semaines", a prévenu Virginie Alavoine et "les premiers de ces prélèvements datent du 7 au 10 novembre. On ne peut donc pas savoir à cette heure si le foyer (de Seignosse) est unique."
Au milieu de tous ces nuages pour les pins des Landes perce néanmoins une éclaircie, un facteur qui pourrait contribuer à mettre un frein à la dispersion du ver: le fait que son insecte vecteur est entré dans sa période d'hibernation. Le monochamus galloprovincialis "vole majoritairement entre le 1er avril et le 31 octobre, la 'période chaude' durant laquelle on a un risque majeur de dissémination du nématode", a souligné Virginie Alavoine. "Du 1er novembre au 31 mars, la 'période froide', le coléoptère ne vole plus" et le risque de propagation est de ce fait bien moindre.
Quand bien même tous les signaux seraient au vert fin mars, les mesures de restriction dans la zone tampon ne disparaîtront pas du jour au lendemain. Non seulement elles seront plus drastiques à partir du début de la "période chaude", mais en plus elles devraient rester d'actualité pour une durée de quatre ans, comme le prévoient les textes européens.











