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Emmanuel Macron propose l'actuel patron de RTE Xavier Piechaczyk pour prendre la tête de la RATP

BFM Business Olivier Chicheportiche
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Alors que la régie doit gérer, comme la SNCF, l'ouverture à la concurrence, les syndicats exigent des gages.

L'attente a été longue mais Emmanuel Macron a enfin tranché. Le président de la République propose que Xavier Piechaczyk soit nommé à la tête de la RATP pour remplacer Jean Castex parti diriger le Groupe SNCF. Cette nomination devra être validée par un vote du Parlement après que l'impétrant ait été auditionné par les députés et les sénateurs. Si le candidat est adoubé, son nom est proposé en conseil d'administration comme nouvel administrateur, puis confirmé dans la foulée par un décret suivant le conseil des ministres.

Xavier Piechaczyk, 56 ans, est aujourd'hui le président du directoire de RTE, le gestionnaire national du réseau de transport d’électricité. Ingénieur en chef des ponts, des eaux et des forêts, diplômé de l’Ecole nationale des travaux publics de l’Etat et de l’Ecole nationale des ponts et chaussées, il est également docteur en sciences politiques.

Il a été conseiller de François Hollande, Président de la République et de son Premier ministre Jean-Marc Ayrault entre 2012 et 2015, en charge de l'énergie, des transports, du logement et de l'environnement. Auparavant, en tant que directeur adjoint des services de transport, il était chargé de la réglementation, de la sécurité, de la sûreté et des aspects sociaux des transports terrestres (chemins de fer, transports urbains, transports routiers de marchandises et de voyageurs et grands ports maritimes).

Moment très sensible

L'homme connaît donc bien le secteur des Transports mais son nom émerge à un moment très sensible pour la RATP, confrontée comme la SNCF, à la fin de son monopole et à l'ouverture à la concurrence qui va s'étaler sur des années. Dans ce cadre, quand la régie autonome des transports parisiens remporte un lot, elle doit créer une nouvelle filiale où les salariés sont transférés sur la base du volontariat. Cette filialisation massive inquiète les syndicats car elle remet en cause les accords sociaux passés après une période de transition.

"Le futur président doit l’entendre: la transformation de la RATP ne se fera pas sans l’adhésion des salariés. Face au détricotage de notre modèle intégré et à l’inversion rapide du poids des filiales dans l’activité du Groupe, nous avons besoin d’un président qui sache fédérer, protéger les intérêts de l’entreprise et préserver l’humain au centre des décisions. Nous rappelons avec force que rien ne pourra se construire sans les salariés et les managers, première richesse d’un service public", prévient ainsi Fabien Renaud, Président de la CFE-CGC RATP.

L'organisation syndicale rappelle que "les filiales représentaient 27% du chiffre d’affaires en 2024, elles dépasseront 50% dès 2027. Ce basculement rapide met en risque l’équilibre économique du groupe, d’autant que plusieurs filiales sont aujourd’hui déficitaires".

"La CFE-CGC RATP demande que le futur président prenne la pleine mesure de ces mutations et garantisse une stratégie de gouvernance unifiée".

A échéance plus lointaine, le potentiel patron devra déterminer la stratégie du groupe dans les nouvelles ouvertures à la concurrence qui se dessinent: les tramway en 2030 puis le métro en 2040.

Enjeux complexes

Les enjeux sont d'autant plus complexes, que malgré son ancrage initial parisien, la RATP dépend du financement de la région Île-de-France pour ses matériels, s'étend de plus en plus loin dans la banlieue, voire en métropole, et gère des réseaux de transports dans 16 pays sur les cinq continents. Par ailleurs, une de ses filiales (RATP Dev) est pressentie pour gérer les transports ferroviaires régionaux autour de Caen en Normandie à partir de 2027 après avoir répondu à des appels d'offre d'ouverture à la concurrence.

Autre défi à mener: l'introduction progressive de nouveaux matériels roulants sur son réseau. Le nouveau métro MF19 construit par Alstom ira d'abord sur la ligne 10 puis sept autres lignes (7 bis, 3 bis, 13 d'ici 2027, puis 12, 8, 3 et 7 d'ici 2034).