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L'apprentissage, recette miracle ou mirage pour lutter contre le chômage des jeunes?

BFM Business Paul Louis , Journaliste BFM Eco
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Le taux de chômage des 15-24 ans a atteint son niveau le plus bas depuis les années 1980 au quatrième trimestre 2021. Si le développement de l'apprentissage ces dernières années n'y est pas totalement étranger, ce mode de formation de plus en plus adopté par les plus diplômés n'est sans doute pas l'alpha et l'omega de la lutte contre le chômage de masse chez les jeunes.

En baisse de 0,6 point au quatrième trimestre 2021, le taux de chômage a atteint son plus bas niveau depuis quatorze ans en France, à 7,4%, selon les chiffres dévoilés par l’Insee ce vendredi. Autre bonne nouvelle: le taux de chômage des jeunes (15-24 ans) est lui aussi en très net recul (-3,6 points), à 15,9%. Du jamais vu depuis le premier trimestre 1981.

A plus de 25% fin 2016, le taux de chômage des jeunes aura donc chuté de plus de 9 points en l’espace de cinq ans. Le taux d’emploi des 15-24 ans (rapport entre le nombre de personnes en emploi et le nombre total de personnes) a quant à lui atteint au dernier trimestre 2021 son plus haut niveau depuis 1991, à 33,8%.

Bien sûr, ces bons chiffres sont en partie le résultat du "quoi qu’il en coûte". En soutenant massivement la trésorerie des entreprises pendant la crise sanitaire, l’Etat leur a permis de rebondir rapidement avec des perspectives, ce qui a favorisé les embauches, notamment en intérim, généralement plus profitable à la population jeune. Mais l’amélioration de l’emploi des 15-24 ans s’explique aussi par l’envolée des contrats en apprentissage, conséquence de la réforme lancée en 2018 et des fortes incitations financières décidée par le gouvernement en 2020 pour encourager les entreprises à recourir davantage à ce mode de formation.

Nombre record d'entrées en apprentissage en 2021

Sur la seule année 2021, 718.000 contrats d’apprentissage ont été signés, contre moins de 300.000 en 2017. C’est aussi 37% de plus qu’en 2020. Une progression impressionnante qui, au regard de l’évolution des chiffres du chômage, a bien contribué à améliorer la situation des 15-24 ans sur le marché du travail: "L’apprentissage met les jeunes en situation d’emploi et a donc fortement augmenté le taux d’emploi des jeunes", confirme Xavier Timbeau, directeur de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

En mettant le paquet sur l’apprentissage, le gouvernement aurait-il trouvé le remède miracle pour enfin résoudre le problème du chômage chez les jeunes? Sans doute le développement de ce mode de formation était-il nécessaire, mais il n’est probablement pas suffisant, tempère Xavier Timbeau:

"Il faut être un tout petit peu prudent sur l’apprentissage. (...) La vraie question, c’est de savoir ce qui va se passer quand ces jeunes vont sortir de l’apprentissage, parce que ce n’est pas un état permanent. S’ils sortent de l’apprentissage en trouvant plus facilement un emploi que les générations qui n’étaient pas passées par l’apprentissage, alors on aura un effet positif. Mais si l’apprentissage, imaginons le pire des cas, n’a aucun effet sur leur probabilité de trouver un emploi, alors on aura seulement sorti ces jeunes du marché du travail pendant un ou deux ans. On les aura mis dans une case particulière", analyse le directeur de l’OFCE.

Plus de chance d'obtenir un emploi avec l'apprentissage

Le coût d’un salarié à plein temps pour une entreprise est en effet bien plus élevé que celui d’un apprenti, ce qui peut rendre l’employeur réticent à l’idée de recruter ce dernier. Mais sur ce point, les chiffres sont pour l’heure plutôt rassurants: 61% des apprentis étaient en emploi salarié en janvier 2021, six mois après leur sortie du système scolaire, selon la Dares.

S’il existe des disparités, l’apprentissage semble bien faciliter l’obtention d’un emploi quel que soit le diplôme. Chez les apprentis en CAP, 51% sont en emploi six mois après leur sortie d’études, contre 20% pour ceux qui n’ont pas opté pour l’apprentissage. Pour les Bac pro, cette proportion grimpe à 60% avec une formation en apprentissage, contre 31% sans. L’effet est aussi bénéfique pour les BTS (68%, contre 49%) et même très légèrement favorable pour ceux sortis de grandes écoles (82% en emploi six mois après la formation en apprentissage, contre 79% sans).

Pour autant, "l’apprentissage n’est pas la solution miracle au chômage des jeunes", relevait le syndicat des enseignants de l’Unsa en octobre dernier. Selon eux, "c’est précisément l’apprentissage dans le supérieur qui est porteur et qui offre des possibilités d’accès à l’emploi. Le CAP ou le Bac pro sont moins concernés (à l’exception notable de l’artisanat) malgré le caractère qualifiant du diplôme du CAP".

Une promotion de l'apprentissage qui profite avant tout aux plus diplômés

Dans son rapport annuel paru mercredi, la Cour des comptes émet aussi des réserves quant au poids réel de la contribution de l’apprentissage à l’amélioration de l’emploi des jeunes. S’appuyant sur les chiffres 2019-2020, les Sages soulignent d’abord que la nette hausse du nombre d’apprentis a "eu pour contrepartie la forte baisse des contrats de professionnalisation (-48% entre 2019 et 2020)".

Surtout, l’augmentation des contrats en apprentissage "demeure soutenue, dans des proportions jamais atteintes, par l’entrée en apprentissage des jeunes issus de l’enseignement supérieur", note le rapport. Les chiffres en témoignent: la part des diplômés entrés en apprentissage et préparant des diplômes de niveau bac + 2 est plus est passée de 45% en 2019 à 56% en 2020, tandis que celle des jeunes préparant des diplômes de niveau CAP-BEP de 36% à 27%.

En clair, plus de la moitié (88.000) des 157.000 nouvelles entrées en apprentissage observées en 2019-2020 a profité aux plus diplômés. Si cela a pu conduire à améliorer l'image de ce mode de formation jusqu'alors peu valorisé en France, "dans plusieurs filières, l’insertion dans l’emploi des diplômés de l’enseignement supérieur est déjà très bonne et n’est améliorée qu’à la marge par l’apprentissage", observe la Cour.

Les Sages concluent dès lors que l’aide à l’apprentissage qui représente le coût le plus élevé du plan 1jeune1solution mis en place par le gouvernement "a certainement permis d’augmenter significativement le nombre d’apprentis, mais surtout au bénéfice de diplômés dont l’insertion sur le marché du travail n’est le plus souvent pas problématique. L’effet net sur l’emploi en volume est donc vraisemblablement faible". Un effet indésirable qu’ils conseillent de gommer en modulant le montant des aides à l’apprentissage "en faveur des filières et des niveaux de diplôme où leur valeur ajoute en termes d’insertion est la plus importante".