ÉDITO. L'Etat veut lancer son propre logiciel de visioconférence pour remplacer Teams ou Zoom... Tremblez Microsoft, Amazon et Google!

Vue du ministère des Finances et du Budget à Paris, le 9 août 2013 - BERTRAND GUAY © 2019 AFP
Il y a des rendez-vous qui en disent plus long que les discours. Hier, à Bercy, se tenaient les très sérieuses "Rencontres de la souveraineté numérique".
Au programme: le lancement d'un Observatoire de la souveraineté numérique et d'un indice de résilience numérique. Un nouvel empilement d’outils administratifs censés conjurer notre dépendance technologique.
Il ne manquait plus qu’un Grenelle et un Haut Comité pour boucler la panoplie!
La palme revient sans doute à l’annonce du ministre de la Fonction publique, David Amiel: le développement d’un logiciel public de visioconférence pour remplacer Teams ou Zoom dans l’administration. Une visio souveraine en quelques sortes, made in État.
On imagine déjà l’effroi. Jeff Bezos (Amazon), Satya Nadella (Microsoft) et Sundar Pichai (Google) doivent trembler. La direction interministérielle du numérique (DINUM), arrive.
La scène a quelque chose de délicieusement suranné. Un parfum de planification à l’ancienne. Une illusion très française: croire que l’on comblera un retard industriel par circulaire.
Vrai problème
Pourtant, le diagnostic est juste.
Oui, la dépendance technologique est massive. Aujourd’hui, près de 80% des dépenses européennes en logiciels et en cloud partent aux États-Unis. C'est près de 300 milliards d’euros par an.
Une dépendance économique, technologique… et juridique, avec en arrière-plan l’extraterritorialité du droit américain. Mais le remède est mal choisi.
La souveraineté numérique ne se décrète pas. Elle ne se lance pas depuis un ministère. Et elle ne se code pas à coups de lignes écrites par quelques agents publics, aussi compétents soient-ils.
À Bercy, un message a fait mouche. Celui de Michel Paulin, ancien patron d’OVHcloud, venu rappeler une évidence hier: penser qu’une solution administrative peut rivaliser avec Microsoft relève de l’illusion. La salle a applaudi.
Confusion des rôles
Le problème, au fond, n’est pas l’ambition. C’est la confusion des rôles.
Le rôle de l’État n’est pas de produire des services numériques. Ce n’est pas d’écrire du code. C’est de fixer des règles claires, de sécuriser la demande, d’orienter la commande publique, et d’aider les acteurs européens à changer d’échelle.
La souveraineté numérique ne naîtra pas d’un logiciel public de plus. Elle viendra d’entreprises européennes solides, soutenues dans la durée, et d’un État qui accepte enfin de faire ce qu’il sait le mieux faire : arbitrer, structurer, protéger.
Bref, moins de visios ministérielles. Et un peu plus de stratégie industrielle.












