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Wish le phénomène du e-commerce qui "vend" des produits gratuits est-il conforme à la loi?

BFM Business Frédéric Bianchi
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Faux prix barrés, photos trompeuses, produits pas toujours aux normes de sécurité... Le site Wish est épinglé par 60 Millions de consommateurs pour ses pratiques à la limite de la légalité.

Vous avez probablement entendu parler de Wish. Si vous n'avez pas acheté de produit, un ami, un collègue de travail ou un membre de votre famille l'a certainement déjà fait. Car avec 10,2 millions de visiteurs uniques chaque mois en France selon Médiamétrie, le petit site quasiment inconnu il y a encore quelques mois se paie le luxe de faire partie des 12 sites marchands les plus visités en France. Wish fait par exemple mieux que Darty, Airbnb ou PriceMinister pourtant bien plus connus.

Mais le site qui ne vend rien en direct et se contente de connecter les consommateurs occidentaux aux usines chinoises est-il en totale conformité avec la loi? Il faut savoir que Wish est une sorte de caverne d'Alibaba où l'on trouve toutes sortes de produits (parfois totalement loufoques) vendus à des prix défiants tout concurrence. 

Les produits sont donc directement expédiés depuis les usines chinoises où ils sont fabriqués et arrivent chez les clients. Et souvent sans passer par la case taxe. Car Wish opère sur ce qu'on appelle le marché gris, soit la vente de produits expédiés depuis l'étranger et qui passent à travers les mailles du filet de la TVA et des droits de douanes. D'ailleurs sur Wish les prix sont indiqués hors-taxes et la TVA n'est pas réclamée au moment du paiement. Une pratique qui représenterait un manque à gagner estimé à au moins 1,5 milliard d'euros

Mais ce n'est pas le seul grief de Wish. Le journal 60 Millions de consommateurs pointe ainsi des pratiques commerciales pas tout à fait légales. Le site qui "vend" certains produits gratuitement pratique des rabais monstres qui dépassent régulièrement les 80-90%. Il s'agit la plupart du temps de produits sans marque difficilement comparables. Néanmoins nous en avons repéré quelques-un comme un smartphone Y10 de la marque XGody. Wish annonce un prix barré de 549 euros et le vend... 33 euros. Une affaire! Sauf que de la Fnac à Amazon en passant par CDiscount, aucun vendeur en ligne ne le propose à plus de 90 euros. 

"Wish ne peut garantir ou assurer que le vendeur offre ou vend l’article au prix barré", prévient le site dans ses FAQ. Une mise en garde qui n'a pas de valeur juridique. "Que la faute incombe au vendeur ou à la plateforme, ces méthodes pourraient, devant un tribunal, être assimilées à des pratiques commerciales trompeuses (article L. 121-1 du code de la consommation), passibles de deux ans de prison et de 300 000 € d’amende", explique 60 Millions de consommateurs.

Autre point soulevé par le magazine, la non conformité de certaines photos. Certains produits sont illustrés par des images prêtant à confusion. Comme celle-ci par exemple. Une photo de Playstation 4 avec deux manettes et une série de jeux. Un prix de 509 euros barrés et un nouveau prix à 21 euros, soit un rabais de 96%! Sacrée aubaine. Sauf qu'en fait il s'agit d'un ventilateur pour ladite Playstation. Ce qui est bien précisé dans le descriptif de l'annonce mais en anglais. Un client français peut se faire avoir.

Wish
Wish © Wish

Dernier point litigieux pour Wish: la conformité des produits aux normes de sécurité. Les produits vendus par la plateforme américaine sont directement envoyés des usines chinoises vers les clients sans souvent avoir la certification européenne CE. 60 Millions cite ainsi l'exemple de bagues qui contenaient des taux trop élevés de cadmium et de plomb et qui ont fait l'objet d'un rappel par Rapex, le système d'alerte européen, en août dernier. La plateforme n'a pas réagi et plus d'un mois après le rappel, le produit était encore en vente sur Wish.