Un livre auto-publié sur Amazon sélectionné pour la première fois pour le prix Renaudot

- - MYCHELE DANIAU / AFP
C'est un vrai séisme dans la galaxie fermée des prix littéraires. Un roman auto-publié sur Amazon a été retenu pour la première sélection du très prestigieux prix Renaudot, dévoilée ce mercredi.
Parmi les 17 noms sélectionnés pour cette grand-messe de la littérature, dont le lauréat sera désigné le 7 novembre, des romans salués par la critique (Le Lambeau de Philippe Lançon) et des succès commerciaux (Tu t'appelais Maria Schneider, de Vanessa Schneider). Autant d'ouvrages publiés par les poids lourds de l'édition française que sont Gallimard, Grasset, Albin Michel, Seuil et J.-C. Lattès.
Les mystérieuses éditions "Galligrasud"
Mais, au milieu de cette cuvée 2018 assez peu surprenante, un nom tranche: Galligrasud. Et pour cause, cette maison d'édition fictive - au nom formé non sans humour à partir de ceux de Gallimard, Grasset et Actes Sud, trois maisons omniprésentes dans les palmarès des prix littéraires - n'existe pas.
L'ovni en question, Bande de Français, de Marco Koskas, a en réalité été publié à compte d'auteur grâce à l'outil d'auto-publication d'Amazon, CreateSpace. Ce service, disponible depuis 2012, permet aux auteurs, de livres mais aussi de musique et de cinéma, de publier gratuitement, moyennant une partie du prix de vente (entre 30 et 70%) qui est reversée au géant de l'e-commerce.
Progrès pour certains, pour qui la qualité d'un livre ne se juge pas à l'aune de son éditeur, cette incursion inédite ne devrait pas laisser de marbre le secteur du livre, qui voit plutôt Amazon comme un ennemi, un concurrent déloyal. Une querelle des anciens et des modernes qui rappelle aussi celle du festival de Cannes 2017, où deux films produits par Netflix avaient été sélectionnés en compétition officielle, provoquant l'ire des exploitants français.
Un auteur connu de la critique
Pour autant, Marco Koskas n'est pas un parfait inconnu dans les cercles littéraires plus traditionnels. Auteur d'une quinzaine de livres, il avait obtenu en 1979 le prix du premier roman pour Balace Bounel. Il a été publié par de grandes maisons d'édition, comme Fayard pour ses deux derniers livres, Mon cœur de père (2012) et Ivresse du reproche (2013). Mais son dernier roman en date n'a pas réussi à trouver preneur, selon le principal intéressé interrogé par ActuaLitté, en raison de son "sujet tabou". Le texte raconte l'Alya, l'exode de ces juifs qui quittent leur pays, la France, pour Israël afin de fuir un antisémitisme galopant.
"Amazon ne pratique pas de censure, et ne cherche pas à savoir si ce que vous écrivez est politiquement correct ou pas. Il n'y a rien à payer, ils impriment à la demande et expédient les exemplaires commandés", se félicite l'écrivain.
Les maisons d'édition "traditionnelles" n'ont pas réagi à ces allégations. Une chose est sûre: Marcos Koskas bénéficie d'un allié de taille dans la course au Renaudot, Patrick Besson, membre du jury du Renaudot aux côtés de Frédéric Beigbeder, Jean-Marie Gustave Le Clézio, Franz-Olivier Giesbert et Jérôme Garcin. Le 18 août dernier, le chroniqueur du Point décrivait Koskas comme un "combattant du style", "un guerrier tartare" au service d'un "récit alerte, violent, désordonné, où on entend cette musique de plus en plus rare dans la littérature contemporaine étouffée: la respiration de l'auteur".
L'an passé, le prix Renaudot avait été attribué à Olivier Guez pour son livre La Disparition de Josef Mengele, publié chez... Grasset.
"bande de français", de marco koskas











