Inondations meurtrières de 2015 à Biot: l'ancienne maire et le groupe Orpea jugés à partir de ce mardi

"C'est une série de manquements gravissimes cumulatifs". Ce mardi 16 janvier s'ouvre un procès très attendu. Près de 9 ans après les inondations dévastatrices le soir du 3 octobre 2015, le groupe Orpea et l'ancienne maire de Biot Guilaine Debras comparaissent devant le tribunal correctionnel de Grasse pour homicide involontaire.
Ce jour-là, des torrents d'eau et de boue ont causé la mort de 20 personnes, dont trois pensionnaires de la maison de retraite du Clos Saint-Grégoire appartenant au groupe privé. Ces derniers sont morts noyés. À la veille du procès, les deux familles des victimes " attendent que les débats prennent la manifestation de la vérité", souligne leur avocat maître Philippe Soussi.
"Elles attendent des prévenus enfin une parole différente de celle qui a été portée tout au long de cette instruction et qui a consisté à refuser la moindre responsabilité dans les événements dramatiques d'octobre 2015", précise-t-il sur BFM Nice Côte d'Azur.
Quatre prévenus seront à l'audience pendant les quatre jours de procès: Anaïs Gledel, directrice de la maison de retraite de l'époque et en poste depuis un mois au moment du drame, la société Orpea, l'ancienne édile Guilaine Debras ainsi que le responsable des risques naturels de la ville Yann Pastierik, indique l'AFP.
"Une espérance"
Depuis plus de 8 ans, les prévenus se renvoient la balle. "Du côté de l'Ehpad on met en cause la mairie, du côté de la mairie on met en cause l'Ehpad." Une situation angoissante pour les familles des prévenus, qui attendent le jugement avec impatience après cette longue instruction.
"Le procès m'angoisse mais en même temps ça me donne une espérance en me disant que l'on ne s'est pas battu pour rien", confie Sandrine Delaup, la petite-fille de Jacqueline, une des victimes des inondations. Elle-même a été traumatisée par ce drame.
"Ma grand-mère a agonisé dans sa chambre, on l'a retrouvé accrochée à son lit. Elle est morte comme ça", raconte-t-elle. "En tout et pour tout, on m'a rendu un sac poubelle avec des vêtements mouillés, qui n'étaient même pas ceux de ma grand-mère."
Aujourd'hui encore, les fortes intempéries la ramènent à cette soirée. "Je suis à 21 de tension dès qu'il pleut", assure-t-elle.
Son mari Denis Delaup, lui aussi "attend énormément" de ce procès. "Ce que l'on attend, c'est simplement de savoir exactement ce qu'il s'est passé ce soir du 3 octobre 2015 et de reconnaître les fautes respectives des uns et des autres."
Sandrine aimerait également que des sanctions soient prises. "Je souhaite qu'une seule chose: s'il doit y avoir un emprisonnement, je veux que ça soit fait et que cela aille jusqu'au bout."
Un "défaut d'information générale"
Le 3 octobre 2015, Météo-France émet une vigilance orange à 11 heures du matin, relayée à six reprises dans la journée. La première a été transmise à la préfecture, qui l'a elle-même transmise aux 163 maires du département des Alpes-Maritimes, dont la maire de Biot, avant 13 heures.
Or, dans cette dernière commune, "ce message ne sera jamais relayé ni à la population de Biot ni surtout, conformément aux obligations légales et réglementaires, à l'Ehpad", dénonce l'avocat des deux familles des victimes.
Dès lors, s'en suit une "série de manquements" qui ont conduit à la mort de plusieurs résidents installés au rez-de-jardin du bâtiment. Les personnes âgées n'ont pas été montées à l'étage, ni aucun personnel n'a été appelé au renfort. Côté municipalité, "le plan communal de sauvegarde n'a pas été respecté."
"Un simple appel téléphonique ou le déplacement de la police municipale au Clos Saint-Grégoire aurait permis de sauver les vies qui ont été perdues", estime Philippe Soussi sur BFM Nice Côte d'Azur.
"La clé du drame c'est le défaut d'information générale vis à vis de la population mais en particulier vis à vis de l'Ehpad", martèle-t-il.
De plus, le groupe Orpea avait l'obligation de formation de son personnel aux risques inondations et une des portes anti-inondations de l'établissement était également, selon l'avocat, défectueuse. "Il leur est reproché de ne pas avoir pris les mesures les plus élémentaires", insiste maître Soussi.
Le réquisitoire est prévu jeudi 18 et les plaidoiries de la défense vendredi 19 janvier, précise l'AFP. Le jugement, quant à lui, devrait être mis en délibéré. Les prévenus encourent jusqu'à 5 ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende.













