Impact écologique, concurrence: tout comprendre sur le projet de plage flottante Canua Island

La plage flottante privée Canua Island doit s'installer pour l'été au large de Mandelieu-la-Napoule, dans les Alpes-Maritimes. - BFMTV
Dernière ligne droite pour le projet. Alors que la direction de Canua Island attend les dernières autorisations de l'État pour pouvoir jeter l'ancre au large de Mandelieu-la-Napoule, de nombreux élus, associations et professionnels du tourisme continuent de s'opposer à ce projet de plateforme flottante.
Dénonçant un risque pour la biodiversité marine, la pollution des eaux, des nuisances pour les habitants et même une concurrence déloyale pour les professionnels du tourisme sur la Côte d'Azur, beaucoup espèrent encore que le projet sera retoqué, alors même que la direction de Canua Island se tient prête à démarrer son activité.
· Une plateforme flottante de 1700 m²
Parfois décrite comme une plage flottante, Canua Island est une plateforme de 1750m² posée sur un trimaran à moteur, dont l'objectif est de jeter l'ancre à 600 mètres du littoral de Mandelieu-la-Napoule, dans les Alpes-Maritimes.
"On va chercher le calme sur la mer. C’est un restaurant pour offrir au citoyen une expérience qu’il ne peut pas vivre aujourd’hui", avance Sébastien Leroy, maire de la commune.
Le projet à 16 millions d'euros comprend une piscine d'eau douce, un restaurant et un bar-lounge. De quoi accueillir jusqu'à 350 personnes, acheminées par navette depuis la côte. Une centaine d'employés ont été recrutés pour travailler à bord: 80 professionnels de la restauration, mais également 23 membres d'équipage.
La plateforme flottante devrait être ouverte cinq mois dans l'année, principalement en journée. Une expérience luxueuse qui est loin de faire l'unanimité, mais qui devrait toutefois trouver son public, notamment parmi les jeunes habitants de la Côte d'Azur.
"Une sorte de petite île flottante, mais un petit peu luxueuse, c'est du jamais-vu ici", se réjouit un Azuréen au micro de BFM Nice Côte d'Azur. "Ça permet un petit peu de pallier le mande d'événements qu'il y a ici pour les jeunes", déclare une autre habitante.
La plateforme a été imaginée et développée par Marc Audineau, ex-numéro un mondial en dériveur et ex-athlète olympique, ainsi que le Fidjien Tony Philip, ex-champion du monde de planche à voile, qui a déjà réalisé un projet semblable baptisé "Cloud 9" aux îles Fidji.
Fin mai, Canua Island a quitté son site de production en Italie par la mer pour rejoindre le large de Toulon, avant sa future installation dans le golfe de Mandelieu. Les promoteurs du projet avaient indiqué fin mars prévoir un début d'activité "en mai", mais sont toujours aujourd'hui en attente de leur dernière autorisation pour pouvoir officiellement lancer Canua Island.
· La région vivement opposée au projet
La région Sud n'a pas tardé à s'opposer vivement au projet de plateforme flottante. Son président, Renaud Muselier, a pointé du doigt un projet "qui n'a absolument aucun sens", alors même que la Côte d'Azur se retrouve régulièrement au coeur de débats concernant les bateaux de croisière et les activités de yachting, décriées pour leurs impacts environnementaux.
"On a une pollution globale, une pollution visuelle. Tout ce qui ne faut pas faire est dans ce projet", avait déclaré Renaud Muselier, qui avait adressé un courrier sur le sujet au ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu.
Ce dernier avait confirmé mi-mars que le projet "suscite une circonspection à laquelle [il] souscri[t]". De son côté, le secrétaire d'État chargé de la Mer, Hervé Berville, a également vivement critiqué le projet.
"C'est le type de projet pour moi qui n'est ni fait, ni à refaire", avait-il expliqué au micro de BFM Nice Côte d'Azur lors d'une visite à La Seyne-sur-Mer jeudi dernier. Pour lui, Canua Island est "peu compatible avec la nécessité de renforcer la protection de l'environnement marin".
Le maire de Mandelieu-la-Napoule défend quant à lui un projet qui a été selon lui sélectionné par la région il y a deux ans comme une "incarnation de l'innovation et du savoir-faire français", affirmant que la région a participé au financement du projet.
Un argument que réfute la région, expliquant que les fonds proviennent d'un programme piloté par la BPI, la Banque publique d'investissement, certes dans le cadre d'un partenariat avec la région Sud.
· Les associations écologistes alertent
Le président de la région Sud estime qu'il faut retoquer l'"aberration écologique" que représente Canua Island. Un avis partagé par les associations écologistes qui pointent du doigt les risques que le projet ferait encourir à la biodiversité marine.
L'association Terre Bleue demande notamment un arrêt du projet au nom de "la protection de l'environnement, la protection des abris de posidonie, la pollution, le traitement des déchets, les ressources, les nuisances".
"Au surlendemain de toutes les mesures qui sont préconisées par le gouvernement pour protéger le milieu marin et notre littoral (...) ce projet nous semble insoutenable à bien des égards", déclare Hélène Granouillac, présidente de l'association. "C’est au gouvernement et aux décideurs qu’il faut poser la question. On ne peut pas nous tenir un langage de l'ambiguïté et de la duplicité."
L'association Syllau conteste elle aussi le projet de plateforme flottante, dénonçant des risques d'atteinte à l'environnement. Une pétition lancée en février par l'association recueille désormais près de 18.000 signatures.
· Un projet "profondément attentif" à l'environnement?
Les fondateurs de Canua Island défendent quant à eux un projet qu'ils considèrent respectueux de l'environnement, car la plateforme se déplacera en utilisant notamment du biocarburant.
"On sera un jour à un point, le lendemain à un autre point tout en respectant la réglementation en vigueur liée à la taille de notre navire", assure le cofondateur Marc Audineau, ajoutant que la plateforme flottante "n'abîmera pas la posidonie", la baie de Mandelieu étant constituée de sable.
Le maire de Mandelieu-la-Napoule promet lui aussi un projet "profondément attentif à la préservation de l'environnement, expliquant dans un communiqué avoir eu "l'assurance des garanties et innovations écologiques extrêmement fortes apportées par les concepteurs du projet".
Des garanties qui concernent notamment la gestion des déchets en mer, la question du biocarburant et du zéro déchet en mer, ainsi que la préservation de la ressource eau, cite également le communiqué.
Autant d'éléments qui poussent Sébastien Leroy à assurer que Canua Island est "sans aucun doute (...) le navire le plus écologique de France au mouillage" actuellement.
· Les professionnels dénoncent une concurrence déloyale
Outre la question de l'impact écologique du projet, les professionnels du tourisme dénoncent la concurrence déloyale que représente Canua Island pour les hôteliers-restaurateurs du littoral, la plateforme n'étant pas soumise au versement d'un loyer.
"Le problème, c'est qu'il faudrait que tout le monde soit soumis aux mêmes règles, aux mêmes taxes", déplore au micro de BFM Nice Côte d'Azur Maurice Martos, exploitant du restaurant de plage "Les Frères de la Baie" à Théoule-sur-Mer. "Là, il n'y a pas d'égalité. La concurrence, ça a du bon, mais il faut que tout le monde soit asujetti aux mêmes règles."
Un argument qui a entre autres poussé la ville de Cannes à refuser l'implantation de la plateforme sur son littoral, pointant la "concurrence déloyale aux établissements de bains de mer qui s’acquittent d’une redevance domaniale".
Attaché à l'implantation de la plateforme sur son littoral, le maire de Mandelieu-la-Napoule évoque au contraire un projet qui "contribue à l'attractivité d'un territoire dont l'économie dépend en grande partie du tourisme".
L'élu va jusqu'à assurer que la plateforme fait au contraire face à des contraintes économiques plus importantes que les restaurateurs de la côte qui se voient contraints de verser un loyer à la ville.
"Canua est une activité extrêmement temporaire, qui est très soumis aux conditions météo (...) On peut même considérer qu'ils ont un inconvénient économique, parce qu'ils ont beaucoup plus de frais de fonctionnement", en raison du personnel à rémunérer uniquement pour la navigation et qui ne participent pas au service de restauration.
· Deux conditions pour la commune de Mandelieu
Interrogé sur la question des nuisances sonores liées à l'implantation de Canua Island au large de Mandelieu, Sébastien Leroy assure que la qualité de vie des riverains sera respectée.
"Ce n'est pas une boîte de nuit, c'est un restaurant. Il est fermé la nuit, comme tous les établissements balnéaires. Il n'est pas dans son concept de faire des soirées spectaculaires", a-t-il assuré ce mercredi matin sur le plateau de BFM Nice Côte d'Azur.
Le respect de "la tranquillité des riverains" faisait d'ailleurs partie des deux conditions imposées par le maire de Mandelieu pour accueillir le projet de Canua Island. Il avait notamment annoncé que des vérifications du bon respect du volet sonore seraient effectuées quotidiennement.
Comme deuxième condition, l'élu appelait à ce que "le navire ne se déplace pas dans une autre ville azuréenne sans l'accord préalable du maire concerné".
· En attente des dernières autorisations
Si l'installation de Canua Island au large de la Côte d'Azur est désormais imminente, elle ne peut toutefois se faire sans son permis d'armement, la dernière autorisation nécessaire pour pouvoir jeter l'ancre.
Mercredi dernier, les dirigeants de Canua Island avaient affirmé lors d'une conférence de presse à la Seyne-sur-Mer avoir reçu la visite de la commission de sécurité.
"Elle a validé que nous puissions recevoir des passagers et que le navire est 100% aux législations terrestres et maritimes, le dossier est parti à la Direction départementale des territoires et de la mer", expliquait Jean-Bernard Falco, président de Canua Smart Island Riviera, à BFM Toulon Var.
Mais ce mardi, les dirigeants de la plateforme attendaient encore de pouvoir débuter leur activité, dénonçant une situation "incompréhensible".
"Malgré une instruction pointilleuse par les services de l’Etat et le fait que nous soyons 100% conforme à la réglementation et écologiquement bien au-dessus des standards pratiqués sur la côte tous les jours, nous n’avons toujours pas reçu les permis nécessaires à l’exploitation de Canua. Je le dis avec gravité aujourd’hui: cette situation met en péril notre entreprise et la centaine d’emplois créée", ont écrit Jean-Bernard Falco, Tony Philip et Marc Audineau dans un communiqué.
Le dirigeant et les cofondateurs de la plateforme craignent désormais de devoir "licencier l'ensemble de [ses] collaborateurs" si l'autorisation n'est pas délivrée d'ici la fin de semaine.













