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"Force aux frontières" dans les Alpes-Maritimes: pas de renfort pour l’instant dans les Alpes du Sud

BFM DICI Valentin Doyen
Ecusson de la Police aux frontières (illustration)

Ecusson de la Police aux frontières (illustration) - ERIC PIERMONT / AFP

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Ce dispositif doit encore faire l’objet d’arbitrages interministériels. Des élus et des forces de l'ordre attendent du concret pour lutter contre l’immigration irrégulière à la frontière franco-italienne.

150 policiers et gendarmes supplémentaires pour les Alpes-Maritimes. Élisabeth Borne a annoncé mercredi dernier, en conférence de presse, le déploiement d'une "border force" ou "force aux frontières. Ce dispositif devrait être mis en place d’ici six mois pour mieux lutter contre les entrées illégales sur le territoire français depuis l’Italie.

"Nous pouvons et nous voulons dès maintenant renforcer notre action sans passer par la loi face à une pression migratoire accrue à la frontière italienne", déclarait la Première ministre, Élisabeth Borne, en citant l’exemple des Alpes-Maritimes et la région de Menton. Mais la frontière est longue et ne s’arrête pas à Saint-Dalmas-le-Selvage. 

"Nous espérons ne pas être les oubliés"

Beaucoup d’élus des Alpes du Sud attendent ainsi du concret et le renforcement des effectifs de police dans les Hautes-Alpes et les Alpes-de-Haute-Provence. À commencer par Jean-Michel Arnaud.

"La frontière italienne ne se cantonne pas uniquement au pays niçois. J’appelle la Première ministre à mieux ventiler les nouveaux effectifs sur l’ensemble de la frontière notamment dans les territoires de montagnes où les points de passage sont nombreux et où le relief impose une surveillance accrue", écrit par voie de communiqué le sénateur Union Centriste des Hautes-Alpes.

Du côté des forces de l’ordre aussi, on estime la situation urgente. "Nous alertons depuis longtemps sur le manque cruel d’effectifs à la police aux frontières (PAF) de Montgenèvre qui est interdépartementale 04/05. Nous espérons ne pas être les oubliés…", réagissait le syndicat de police Alliance 05, quelques heures après l’annonce de la Première ministre. 

En tout, une quarantaine de fonctionnaires de police sont rattachés à la police aux frontières, mais en comptant les administratifs, les repos et les arrêts, le service tourne parfois au ralenti.

"La PAF gère 150 kilomètres de frontière dans les deux départements. Parfois, ils ne sont que trois pour un équipage sur le terrain. Vous ne pouvez pas faire des miracles", note une source policière du département. Ce qui n’empêche pas la réalisation de "gros coups", comme dans la nuit du 28 avril dernier, où un passeur a été interpellé au volant d’un véhicule transportant 32 migrants. Mais sur le temps long, il manque clairement des bras. À Montgenèvre comme à Larche (Ubaye). 

"Les effectifs sont en deçà"

La frontière franco-italienne des Alpes-de-Haute-Provence est censée être surveillée par les policiers de Montgenèvre, mais dans la réalité, ce sont souvent les gendarmes rattachés à la compagnie de Barcelonnette qui font le job. "Avec le travail qu’ils ont dans le 05, on les voit rarement. Peut-être une fois par semaine. Et encore…", observe un gendarme ubayen.

Des militaires qui n’ont pas pour mission principale de rester cantonner au col de Larche. La compagnie de gendarmerie de Barcelonnette compte environ 45 effectifs et lutte contre toutes les formes de délinquance de Val-d’Oronaye à Barles. Avec le temps, la lutte contre les entrées illégales sur le territoire ubayen est devenue une mission régulière pour les gendarmes, faute de policiers présents. Et la situation n’est pas près de changer puisque les renforts de gendarmes mobiles tendent à se réduire ces dernières semaines dans le briançonnais.

Le climat social tendu et la multiplication des manifestations aux quatre coins de la France engendrent forcément un déploiement de forces de l’ordre. Au détriment de la frontière franco-italienne.

"Ces unités peuvent être mobilisées sur des opérations de maintien de l'ordre sur l'ensemble du territoire, et ce en fonction de l'actualité et du contexte social. C'est le cas actuellement", reconnaît Nicolas Belle, directeur de cabinet du préfet des Hautes-Alpes. Et de vanter le système mis en place. "Le dispositif est parfaitement rodé et il fonctionne. Il se compose des effectifs permanents de la DIDPAF 04-05. Ces effectifs de fonctionnaires de la police aux frontières sont renforcés par des effectifs zonaux et de réservistes de la police nationale en cas de nécessité", indique Nicolas Belle, qui reconnaît pour autant que le nombre de policiers n’est pas suffisant à Montgenèvre. 

"Les effectifs sont en deçà de ce qu'on pourrait appeler l'objectif cible. C'est pourquoi la préfecture, les directions zonales et nationales compétentes travaillent au recrutement de policiers aux frontières affectés au 05", conclut-il.

Depuis le 1er janvier et comparé à l’année 2022, les interpellations à la frontière ont baissé de 20% et l’accueil de mineurs non accompagnés a chuté de 60%. Signe d’un ralentissement du nombre de passages ou d’un manque de policiers pour effectuer les contrôles?

"Pour rappel, les flux dans le 05 ne sont, en aucun cas, comparables avec le 06", rappelle la préfecture des Hautes-Alpes. Tout comme les effectifs pour lutter contre, au grand damne des forces de l’ordre concernées.

Sollicitée depuis mercredi après-midi, la préfecture des Alpes-de-Haute-Provence n’a pas répondu à nos questions.