Alsace: avec 600 trains supplémentaires sur les 1000 promis, le REME bien loin de ses objectifs

SNCF, pouvoirs publics, usagers: tout le monde s'accorde sur le fait que le déploiement du Réseau express métropolitain européen (REME) est "un beau projet" pour dynamiser les transports publics en Alsace. Cependant, il est peu de dire que sa mise en application est poussive.
La journée de lundi devait marquer la troisième étape du lancement du REME. En théorie, 67 trains hebdomadaires supplémentaires devaient venir garnir la flotte existante, s'ajoutant aux 813 rames annoncées en décembre et aux 67 prévues le 2 janvier.
Mais selon la CGT Cheminots, ces objectifs sont loin d'être atteints. Le syndicat recense quelque 600 trains en circulation, contre les plus de 1000 promis dans le calendrier prévisionnel.
"On manquait déjà cruellement de personnel"
Clément Soubise, membre de la CGT Cheminots, n'est en rien surpris par ce que de nombreux observateurs qualifient de fiasco. Selon lui, les objectifs fixés étaient tout bonnement intenables.
"On manquait déjà cruellement de personnel et de matériel roulant pour assurer le plan de transport déjà à l'époque. On supprimait quelque chose comme 80 trains par jour. Et c'est dans ces conditions-là qu'on nous a dit du jour au lendemain: 'Vous en ferez 120 de plus'. C'était assez évident que ce ne serait pas possible", soupire le cheminot au micro de BFM Alsace. "La suite nous a donné raison."
"En s'obstinant", souligne-t-il, la SNCF expose le personnel à une surexploitation, dont les conséquences peuvent être néfastes. "Stress", "journées à rallonge", "renoncement à des jours de congés", énumérait déjà Clément Soubise au lancement du REME. De quoi nuire à la qualité du service et à la sécurité des passagers.
"Faire un RER sur un réseau régional sans investir massivement au préalable, ce n'est pas possible", insiste ce dernier. "Et investir massivement, ce n'était pas dans leur projet de toute façon."
Un manque d'anticipation de la SNCF?
Fervent partisan de ce projet, Clément Beaune avait regretté en avril dernier ce retard sur les temps de passage du projet.
"Les trains supplémentaires devaient arriver par centaines dès le début de l'année 2023. Le rythme est beaucoup plus lent que prévu", avait alors relevé le ministre des Transports à notre micro. "Il faut reconnaître que là il y a une déception et que la SNCF n'a pas donné satisfaction sur ce point."
Relancé sur ce thème par nos confrères de France 3 Grand Est, il déplorait "un manque d'anticipation de la SNCF, qui a sous-estimé l'ampleur du projet".
Prudence
Face au tollé suscité par les débuts chaotiques du REME, avec suppressions de trains en série et retards en cascade, la SNCF avait même consenti en janvier à des remises pour les usagers. Aujourd'hui, la société ferroviaire joue la carte de la prudence et refuse de s'avancer sur les calendriers.
Le conseil régionnal du Grand Est, acteur majeur du déploiement du REME, a fait savoir ces derniers mois que son intention n'était plus de "faire une course après les chiffres", mais plutôt de se concentrer sur une meilleure desserte des gares des petites communes.
Selon les syndicats, il faudra peut-être patienter plusieurs années pour voir les plus de 1000 trains promis arpenter les voies ferrées alsaciennes. Un coup dur pour le grand projet de RER métropolitain qu'Emmanuel Macron souhaite voir naître dans différentes agglomérations, et dont le REME peut être considéré comme le porte-étendard.













